Veillée pascale 2026

(Mt 28,1-10) 

Frères et sœurs, nous venons d’entendre huit lectures et huit psaumes ainsi que l’évangile. Il y était question de création, de promesse, de salut, de miséricorde, d’alliance ou encore d’un cœur nouveau. Tout cela, c’est l’œuvre de Dieu, celle qu’il veut pour nous et notre monde ; tout cela nous dit qui est Dieu et ce qu’il est en notre faveur. Cette semaine, nous avons entendu aussi, par deux fois, le récit de la Passion, la Passion de celui qui s’est incarné dans le but de nous donner pleinement ce salut, cette miséricorde, cette alliance venant de Dieu. Mais, cette mission de Jésus s’est apparemment terminée par la croix, la mort et le tombeau. Je dis ‘apparemment’, mais il n’y a pas de doute : les soldats l’ont vu mourir ainsi que sa mère et les femmes ; Joseph d’Arimathie l’a déposé dans un tombeau - et là encore, les femmes étaient là ; et les soldats ont même mis les scellés sur la pierre. Jésus est bel et bien mort. Alors soit, c’était un usurpateur ou un fou, et cette histoire s’arrête là ; soit, il est vraiment le Messie, et alors qu’en est-il du salut, de l’alliance, de la promesse que Dieu nous donne ?

Mais voilà qu’au matin de Pâques, les mêmes femmes qui avaient vu le drame de la Passion, nous disent que le crucifié est ressuscité. Un renversement inattendu pour elles qui leur signifie qu’elles ne s’étaient pas trompées, qu’elles ont eu raison de le suivre et de le suivre jusqu’au bout. C’est bien Jésus le Messie ! Et surtout, c’est bien lui le Seigneur ! Il est l’accomplissement de la promesse de Dieu. Il est l’Alliance, la miséricorde, le salut que tout l’Ancien Testament nous annonçait. Car la Résurrection est l’affirmation que Dieu agit dans nos vies et notre monde ; que Dieu nous parle – et c’est pourquoi nous l’avons écouté si longuement cette nuit.

La Résurrection est un évènement pour Jésus, bien sûr, mais elle l’est aussi pour nos vies, inséparablement liées à la sienne par ce passage de la croix, de la mort, du tombeau à la vie. Et cette nuit, j’aimerais souligner une conséquence particulière de la résurrection, c’est-à-dire tout simplement la présence du Ressuscité qui, dans notre quotidien, se donne à nous.

Les récits d’apparition nous parlent de cette présence, nous la relate. C’est notamment le cas avec l’évangile que nous venons d’entendre où Matthieu nous dit que « Jésus vint à leur rencontre », qu’ « elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds » et que « c’est [en Galilée] qu’ils [le] verront ». Mais surtout, ces récits nous indiquent un autre mode de présence du Ressuscité à travers les Ecritures ou plutôt à travers une compréhension nouvelle des Ecritures. Et nous pouvons évidemment penser ici aux disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, disaient-ils, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24,32). Autre mode de présence du Ressuscité : le repas, son repas où il se donne en nourriture. Et là encore, nous pouvons penser aux disciples d’Emmaüs qui le reconnaissent à la fraction du pain ; aux apôtres au bord du lac en Jean 21 ; ou dans les Actes où Luc nous dit que les premiers croyants « étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (2,42). Et justement, cette présence du Ressuscité se manifeste encore dans le rassemblement, la constitution de la communauté : celle des premiers jours, avec ici « Marie Madeleine et l’autre Marie » qui s’en vont ensemble au sépulcre, mais aussi celle qui réunit juifs et païens, c’est-à-dire une présence qui rend entre nous la rencontre et l’union possible. Et enfin, cette présence se manifeste à la fois dans la vie de l’Eglise et dans celle des croyants par une véritable transformation, par une configuration au Christ. Et cela fait dire à saint Paul s’adressant aux Romains, comme nous l’avons entendu dans la dernière lecture : « Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (6,4). Comme lui, nous sommes sortis du tombeau pour une vie nouvelle !

Frères et sœurs, en cette nuit de Pâques et en ce temps qui s’ouvre devant nous, nous sommes donc appelés à découvrir davantage cette présence de Dieu et, en même temps, à nous en nourrir, à en vivre. Le découvrir, Lui, dans la nouveauté de l’Ecriture qui se fait Parole. Le découvrir dans la profondeur du don de l’Eucharistie. Le découvrir dans la communauté, nos frères, nos sœurs, nos différences, nos divergences. Enfin, le découvrir à l’œuvre dans nos vies, nous conformant à lui, en faisant de nous et de notre Eglise, une nouvelle création puisqu’il nous façonne un cœur nouveau. Oui, la nuit de Pâques est la nuit où tout commence, alors nous aussi, comme les femmes, courront pour annoncer et pour vivre cette Bonne Nouvelle.