Homélies et conférences du Père abbé - Dom Damien Debaisieux

Epiphanie

Janvier 2023

 

Frères et sœurs, il y a quelques jours l’Eglise célébrait les funérailles du pape Benoît XVI. Ce matin, pour commenter l’évangile que nous venons d’entendre, j’aimerais m’appuyer sur la dernière homélie de l’Epiphanie qu’il prononça comme Souverain Pontife en 2013.

Noël 2022

Messe de la nuit

Frères et Sœurs, vous connaissez le proverbe, « Noël au balcon, Pâques au tison ». Il ne s’agit pas ici pour moi de vous parler météo, mais de redire le lien entre ces deux fêtes. Et non pas qu’il fallait, de toute évidence, que le Christ naisse pour pouvoir un jour mourir et ressusciter. Mais plutôt, il fallait que le Christ ressuscite pour que l’évangéliste Luc relate sa naissance et que l’Eglise la célèbre en cette nuit très sainte. Ainsi, si de par sa résurrection, Jésus est fait « Christ et Seigneur », il est, dans ce récit que nous venons d’entendre, dès sa naissance, à la lumière de cette résurrection, Christ et Seigneur : « Aujourd’hui », dit l’Ange aux bergers et à nous-mêmes, « vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ». Ce « nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » est « signe qui [nous] est donné » que le salut de Dieu est déjà à l’œuvre, en marche, inarrêtable. Et pas seulement parce que 33 ans après cette naissance, le Christ ressuscitera, mais parce que dès maintenant, ce qu’il est venu apporter au monde est déjà là, en sa présence, en son humanité. Ainsi, Luc écrit son récit de Bethleem à la lumière de ce qui s’est vécu sur les routes de Galilée, sur la croix et au matin de Pâques.

2e dimanche de l’Avent

(Mt 3,1-12)

Décembre 2022

Frères et sœurs, quand on pense à l’Avent, c’est plutôt une image de douceur qui nous vient. Non pas la douceur des températures extérieures, mais celle de ces quelques semaines qui nous préparent à la joie de Noël, aux rencontres familiales, à ce que nous pourrions appeler, dans un monde souvent trop dur, la ‘trêve’ de Noël. Pourtant, dimanche dernier, l’évangile était loin de la douceur, puisque cette venue du Seigneur était comparée au temps du « déluge qui les a tous engloutis » (Mt 24,39) ou encore à un voleur qui perce un mur. La semaine prochaine, ce sera l’image d’un Jean-Baptiste dans sa prison qui s’interroge (11,2). La semaine suivante, ce sera celle d’un époux, Joseph, qui envisage « de renvoyer » Marie, sa fiancée (1,19). Et aujourd’hui, nous venons de l’entendre, c’est « la colère qui vient » (7), « la cognée [qui] se trouve à la racine des arbres » (10), « la paille, [qui] brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » (12). Pas de douceur en tout cela, pas de trêve ; finalement, à l’image de ce que vit notre monde, où la guerre se poursuit et, où les plus pauvres, les plus faibles, les plus seuls semblent l’être chaque jour davantage.  

31e dimanche ordinaire C

(Lc 19,1-10) 

Frères et sœurs, Luc nous raconte ici comment la rencontre de Jésus peut bouleverser et transformer une vie. Et il le raconte à chacun d’entre nous pour que nous aussi nous désirions faire et refaire cette rencontre.

27e dimanche ordinaire C

(Lc 17, 5-10) 

Octobre 2022

Frères et sœurs, lorsque les apôtres demandent à Jésus d’augmenter leur foi, qu’attendent-ils ? Quelle est donc la raison qui les pousse à exprimer une telle requête ? Et eux qui cheminent avec Jésus, qui ont la grâce d’être avec lui, jour et nuit, que feraient-ils de ce supplément de foi ? Que leur apporterait-il dans cette marche avec lui ? Je crains que cette demande ne soit pas d’abord celle d’hommes qui se veulent serviteurs, à l’image de celui dont nous parle Jésus dans la deuxième partie de l’évangile, de « simples serviteurs » appelés à faire leur « devoir » (10) en endurant le poids du jour. Non, cette demande est peut-être plutôt celle d’hommes qui voudraient rendre plus facile, plus légère, leur marche à la suite du Christ. Celle d’hommes qui recherchent une sécurité, et peut-être même une certitude. Suivre le Christ, bien sûr, mais à condition que nous n’ayons aucun doute, aucun effort, aucune peur, aucun regret. Il y a là comme l’attente d’une preuve, comme quelque chose de matériel, de visible, sur quoi nous pourrions nous appuyer pour avancer. Mais ce bâton que nous voudrions saisir fermement dans notre main pour assurer notre marche, n’est autre que cette parole que saint Paul a entendue, et qu’il nous faut nous aussi entendre et accueillir comme le plus solide des bâtons : « ma grâce te suffit » (2 Co 12,9). Notre foi n’est pas basée sur une vision ou sur un catéchisme, mais fondamentalement sur une relation, sur une personne – le Christ. C’est sa présence dans notre vie, dans notre monde, qui rend solide et inébranlable notre foi. C’est parce que nous avons été saisis par l’amour de Dieu, parce qu’un jour nous nous sommes découverts, reconnus, aimés de Dieu, que nous avons la foi aujourd’hui. Et nous avons la foi, aujourd’hui encore, parce que nous continuons et voulons continuer de croire en cet amour, de croire que cet amour - qui peut-être se fait apparemment moins fort, moins sensible - ne se retirera jamais ; de croire que cet amour et Dieu, c’est tout un. Ainsi, si avoir « de la foi, gros comme une graine de moutarde » suffit pour qu’un « arbre » nous obéisse en se déracinant et en se plantant « dans la mer » (6), c’est peut-être parce qu’il ne s’agit pas tant de la taille de notre foi que de son existence ou de son inexistence. La foi, nous l’avons ou nous ne l’avons pas. L’Apocalypse nous dit que Dieu vomit les tièdes (3,15). Saint Paul nous dit encore que « le Christ n’a pas été oui et non ; il n’a été que oui » (2 Co 1,19). Et nous aussi, ce matin, comme chaque jour, il nous est demandé si oui ou non nous avons la foi. Oui ou non, face à notre vie, face à ce que vit notre monde, croyons-nous que Dieu est présent, agissant, aimant ? Gardons-nous, au fil du jour, le fil de la relation avec Lui ? Bref, sommes-nous, nous aussi, comme les apôtres, en marche avec Jésus, à sa suite sur cette route qu’il prend résolument vers Jérusalem ? Et sommes-nous prêts à consentir aux épreuves de ce chemin, à les traverser avec notre foi, notre peu de foi, pas plus gros qu’une graine de moutarde, et pourtant bien suffisant, nous dit Jésus, pour la marche de chaque jour.

22e dimanche ordinaire C

(Lc 14, 1a. 7-14)

Août 2022

 

Frères et sœurs, cette parole d’évangile, proclamée en assemblée, nous est adressée communautairement ; c’est ensemble que nous l’entendons et que nous l’accueillons. Mais bien sûr, elle nous est aussi adressée personnellement, et c’est très clair dans ce passage que nous venons d’entendre, puisque Jésus nous parle à la deuxième personne du singulier ; il s’adresse à chacun de nous en « Tu » : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place » (8). Ici, le Christ nous renvoie à notre attitude, notre positionnement par rapport aux autres, notre façon de vivre nos relations, et de considérer, ou non, les autres. Fondamentalement, il nous interpelle sur cette petite voix intérieure, notre ego, qui tend, sans cesse, à nous mettre au-dessus des autres, à nous donner la priorité, la légitimité. Et quand au contraire, nous nous rabaissons, quand nous nous considérons comme indignes, incapables, c’est bien souvent encore notre ego qui, à défaut de première place dans la gloire, nous fait miroiter une première place dans l’échec, cherchant ainsi à nous apitoyer sur nous-mêmes. Cet ego, ou encore ce que saint Benoît appelle la volonté propre, c’est ce que les moines tentent de combattre par cette vie commune à l’écoute de l’Autre dans l’obéissance.

18e dimanche ordinaire C

(Luc 12,13-21)

Août 2022 

Frères et sœurs, cet évangile commence par une interpellation, celle d’un homme qui demande à Jésus d’être comme un médiateur dans une question d’héritage avec son frère. Puis, Jésus, en réponse, raconte une parabole, et nous oublions bien vite l’interpellation du départ. Pourtant, elle nous donne deux éléments importants pour comprendre cette parabole.

Saints Pierre et Paul

(Mt 16,13-19)

2022

 

Frères et sœurs, Pierre et Paul sont les colonnes de l’Eglise. Il y aurait certes beaucoup de choses à dire sur ces deux apôtres, mais à partir des lectures d’aujourd’hui, j’aimerais mettre en valeur trois dimensions qui portent encore l’Eglise d’aujourd’hui.

Notre Eglise, notre communauté, notre vie, sont bâties, soutenues, par la foi. Jésus dit de Simon-Pierre qu’il est « heureux » (16) et qu’il est  P/pierre sur laquelle il bâtira son Eglise (18), parce qu’il a reconnu en Jésus « Le Christ, le Fils du Dieu vivant » (17). Pierre dit ainsi que Jésus est celui que Dieu nous a promis, c’est-à-dire celui qui nous fait entrer dans la vie véritable. Il croit en la promesse et nous invite à y croire nous aussi, à bâtir nos vies et notre Eglise, notre communauté, sur cette promesse. Ne pas porter sur le monde le regard de « la chair et du sang » (17), mais se laisser saisir, habiter, par celui de Dieu, celui que Dieu veut mettre en nous, celui que Dieu nous invite à entendre, à chercher, à laisser jaillir du cœur de notre silence. Les réponses que donnent les gens à la question de l’identité de Jésus s’arrêtent au connu, au déjà vu, au passé ; à ce que nous maîtrisons. Celle de Pierre s’ouvre à la nouveauté, à la vie et ne peut alors s’appuyer que sur la foi, la confiance. Si nous construisons nos vies, notre Eglise, notre communauté, sur la force, nous ne pourrons pas en faire jaillir la vie dont elles ont besoin pour poursuivre, jour après jour, le chemin. Pierre, au soir du dernier repas, promettra de ne pas tomber, et il finira pas renier. Pourtant, c’est à lui, encore aujourd’hui, que sont confiés « les clés du royaume des Cieux » (19). Et cet honneur, ce service, il le tient non de sa force, mais de sa foi : la foi en l’amour de Dieu pour lui, pour nous ; amour qu’il a découvert lorsque Jésus le regarda alors même qu’il le reniait, en Luc, ou encore en Jean, au bord du lac, quand, par trois fois, Jésus lui demanda s’il l’aimait, et lui confia, par trois fois, ses brebis.

Et Paul ne nous dira pas autre chose, lui qui a été choisi alors même qu’il persécutait l’Eglise. Le Christ, là encore avec une question – « Pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4) – lui révèle son identité et lui indique un chemin nouveau. C’est au cœur même de sa haine et de sa violence, au centre de ses certitudes qui l’aveuglaient, que Paul découvre un Dieu tout autre qui dépasse tout ce qu’il croyait savoir, qui dépasse la force qu’il croyait avoir acquise. Sur son chemin de Damas, il lui est révélé que Jésus est le Christ, le fils du Dieu vivant, et que ce Christ, ce Dieu, se fait si proche de nous qu’il s’identifie à chacun, à commencer par les persécutés, les blessés de la vie. Désormais ce n’est plus dans sa force que Paul mettra sa confiance, mais dans sa faiblesse, ce lieu où la grâce peut enfin agir.

Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise, parce qu’ils ont appris, dans leur chair, que Dieu les aime et qu’il faut apprendre à laisser de la place à cet amour pour entrer dans la vie. Et c’est ici le deuxième point. Ils sont colonnes parce qu’ils se sont laissés configurés au Christ. Dans la première lecture, Pierre, comme Jésus, est arrêté pour être jugé. Et lui aussi sort de prison comme le Crucifié est arraché au tombeau. Paul, comme Jésus, a « mené le bon combat [et] achevé sa course » (2 Tm 4,7) ; et lui aussi a été abandonné par tous, mais « le Seigneur […] l’a assisté » (17), comme le Père n’a pas abandonné à la mort son Messie. Par cette configuration, l’un et l’autre nous montrent que l’Evangile, la Bonne Nouvelle, n’est pas vérité sur Dieu, mais puissance de Dieu, puissance qui peut transformer chacun d’entre nous si nous acceptons l’humble chemin du quotidien à la suite de Celui qui nous a appelés.

Enfin, Pierre et Paul sont colonnes de l’Eglise, parce qu’ils sont frères. Frères différents, mais frères d’une seule et même Eglise. Pierre, lorsqu’il promet de ne pas renier, s’isole de ses frères : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, dit-il, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt 26,33). Dans sa chute qui suivra il est remis à sa place avec les autres, et découvre, comme le dit Christian de Chergé, qu’« on ne saurait se sauver seul, sous peine de se perdre. » Paul, dans sa même chute sur la route de Damas, découvre que se convertir au Ressuscité, c’est se convertir à chacun de ceux dont il a fait ses frères. Et, nous le savons, marcher à la suite de Jésus, c’est marcher avec Pierre, Paul, Jean, Jacques et les autres. C’est parce qu’ils se savent pécheurs, et pécheurs pardonnés, qu’ils sont les colonnes de l’Eglise, ceux qui sont capables d’annoncer à leurs frères et de vivre avec eux, ce même amour qui les a remis en route.

Ce matin, frères et sœurs, nous sommes invités à la foi qui donne à l’Esprit du Père de nous configurer à son Fils pour faire de nous des frères. Que ce pain et ce vin que nous allons partager à la même table soient notre nourriture pour marcher ensemble en Eglise du Christ, en communauté du Christ.

 

Pentecôte

(Jn 14, 15-16.23b-26)

                                                                 Juin 2022

Frères et Sœurs, depuis plusieurs jours les textes de la liturgie font référence à l’Esprit Saint et nous ont ainsi préparés à cette fête de la Pentecôte. Un extrait a retenu mon attention. Dans les Actes des Apôtres, au chapitre 19, nous apprenons que Paul « arrive à Ephèse où il trouva quelques disciples. Il leur demanda : ‘Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçu l’Esprit Saint ?’ Ils lui répondirent :’Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint. » (2). Si je retiens ce texte, c’est pour nous poser la même question. Lorsque nous sommes devenus croyants, avons-nous reçu l’Esprit Saint ? Alors d’emblée, évidemment, oui. Nous avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Et de plus, nous avons été confirmés dans l’Esprit Saint. Oui, nous l’avons reçu, mais est-il à l’œuvre en nous et avec nous ? Est-ce que nous l’invoquons ? Est-ce que nous reconnaissons sa présence dans notre vie, dans notre communauté, dans notre monde ?