A 11 MATTHIEU 09,36-10,08 (9)
Chimay : 14.06.2026
Frères et sœurs, “des foules fatiguées et abattues…” Voilà la triste situation du peuple d’Israël qui nous est décrite dans le livre de l’Exode (Ex 19,2-6). Mais Dieu ne reste pas indifférent face à ce drame. Il a appelé Moïse pour sortir son peuple de la servitude. Arrivé au terme de son parcours ce peuple est invité à une révision de vie : « Souviens-toi de tout ce que tu as reçu du Seigneur malgré tes infidélités… comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi » (Ex 19,4). C’est de tout cela que tu dois témoigner ; par ta façon de vivre, tu dois montrer à tous les peuples ce qu’est une vie renouvelée. En choisissant Israël comme son domaine particulier parmi tous les peuples, Dieu en fait le témoin de sa présence chez les hommes.
Dans sa lettre aux Romains (Rm 5,6-11), l’apôtre Paul insiste sur la grandeur de l’amour de Dieu. Si le Christ a donné sa vie, ce n’est pas pour récompenser nos mérites ; nous n’y sommes pour rien ; seul le sang du Christ a fait de nous des justes. Par sa mort et sa résurrection, nous sommes réconciliés avec Dieu, nous sommes déjà sauvés. Ce qui nous est demandé, c’est d’ouvrir nos mains et notre cœur, c’est d’accueillir cette vie du Christ et de nous laisser transformer par lui. Alors que Jésus a donné sa vie pour nous, pourrions-nous encore douter de l’amour de Dieu à notre égard ?
Dans l’Évangile, saint Matthieu nous montre ce regard compatissant de Jésus sur les foules. Il les voit « désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (Mt 9,36). Ce qui le préoccupe, ce n’est pas seulement la détresse de chaque membre, c’est surtout le manque de direction. Elles n’ont personne pour les guider. Alors Jésus demande de prier son Père d’envoyer des missionnaires vers ces foules désemparées. « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » (Mt 9,37), dit Jésus. Pourtant, nous sommes tout un peuple de baptisés, choisis et envoyés vers le monde, là où se construit déjà le Royaume.
Aussi Jésus procède-t-il à un recrutement. L’Évangile nous parle des douze apôtres que Jésus appelle. Les récits témoignent que la compassion de Jésus précède la guérison des malades, la résurrection des morts, l’enseignement aux foules, la multiplication des pains... Autrement dit, elle est un indice du royaume de Dieu. Jésus envoie les apôtres en mission. Dans un premier temps, ils devront se limiter aux seuls ressortissants d’Israël ; ils devront guérir les malades, ressusciter les morts, expulser les démons ; ils devront surtout annoncer que le Royaume de Dieu est proche ; Dieu aime tous les hommes et il veut notre bonheur à tous. Après la Pentecôte, cette Bonne Nouvelle sera annoncée au monde entier. Les ouvriers de la 11e heure accueilleront le même salut que ceux de la première.
C’est un appel personnel et collectif en même temps, car c’est le groupe des douze apôtres qui est ainsi constitué : Jésus va les former au cours des trois ans de sa vie publique. Progressivement Jésus envoie ses disciples en mission, en leur précisant les exigences de l’apostolat. La première est l’expulsion des démons, pouvoir assuré par Jésus, victorieux des puissances du mal et de la mort, qu’il partage avec ses disciples. La deuxième est le soin et la guérison des malades. La troisième est la proclamation royaume des Cieux qui vient en Jésus. La gratuité est la caractéristique de ce royaume. Dieu donne gratuitement, et les disciples sont invités à se mettre à l’école de cette même gratuité. « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10,8).
Peu importe notre situation, cet Évangile nous rejoint ; il nous empêche d’être indifférent aux souffrances physiques et morales qui frappent notre monde. Nous ne pouvons qu’être émus par la détresse matérielle, spirituelle et morale des foules d’aujourd’hui ; beaucoup vivent dans le désarroi et le découragement. Des enfants et des jeunes vivent sans repère et sans avenir ; des croyants quittent les églises parce qu’ils ne s’y sentent pas accueillis et écoutés. Ils ne trouvent pas de réponse à leurs interrogations. Des familles se divisent. Des nations entières se font la guerre. Face à cette situation dramatique, la décision la plus urgente, c’est de nous mettre en prière nous dit Jésus : « Priez le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson… » (Mt 9,38). Le Royaume de Dieu ne peut advenir sans notre prière, nous dit Jésus ; si nous prions le Père, c’est pour nous ajuster à son amour, c’est pour qu’il nous fasse entrer dans sa volonté. C’est pour nous envoyer « vers les brebis perdues » (Mt 10,6). Nous lui demandons de nous transformer pour que nous devenions des ouvriers passionnés et efficaces pour la “moisson”.
Trop souvent, nous avons tendance à nous lamenter sur la dureté de notre époque et sur l’avenir incertain. Nous avons besoin de retrouver un regard optimiste et généreux. C’est par la prière que nous apprenons à aimer comme le Père aime. C’est Jésus qui nous le demande : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (autant que je vous ai aimés) (Jn 13,34). Nous apprenons à aimer le monde à la manière de Dieu, à aimer l’Église malgré ses faiblesses.
Après la prière, Jésus choisit les Douze pour leur confier la mission de l’Évangile. Il pose ainsi les bases de ce que doit être l’Église, « un peuple missionnaire » envoyé à toutes les nations. Comme les apôtres, nous sommes tous envoyés pour proclamer que le Royaume de Dieu est proche ; c’est notre mission de chrétiens baptisés et confirmés. Comme Bernadette de Lourdes, nous ne sommes pas chargés de faire croire mais de dire et de témoigner ; le reste c’est l’œuvre de l’Esprit Saint ; il nous précède et il agit dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route.
Au cours de cette Eucharistie, nous nous tournons vers le Seigneur ; nous lui demandons qu’il nous apprenne à avoir le même regard que lui sur les foules désemparées d’aujourd’hui ; qu’il nous donne force et courage pour témoigner chaque jour de l’espérance qui nous anime. Dieu souhaite une relation personnelle avec chacun de nous, une relation sur mesure qui changera notre vie.