A TOUSSAINT MATTHIEU 05, 01-12 (5) Chimay : 01.11.2026
Frères et sœurs, c’est aujourd’hui la fête de tous ceux et celles qui sont dans la joie auprès de Dieu, la fête de tous ceux et celles qui ont vécu à la manière de Jésus et selon son enseignement. Le texte des Béatitudes nous en donne des exemples. « Les pauvres de cœur » : ceux qui ne se sont pas encombrés d’eux-mêmes, qui sont libres par rapport à tout bien. « Les doux » : ceux dont le cœur est sans amertume, sans irritation. « Ceux qui pleurent » : ceux qui souffrent de leur péché ou de ceux du monde. « Ceux qui ont faim et soif de la justice » : ceux qui désirent être ajustés la volonté de Dieu. « Les miséricordieux » : ceux qui sont bons et charitables envers tous, qui pardonnent. « Les cœurs purs » : ceux qui agissent avec droiture et dont le cœur n’est pas trouble. « Les artisans de paix » : ceux qui travaillent à la réconciliation. « Les persécutés pour la justice » : ceux qui sont traités comme le Christ à cause de leur témoignage. Tous ceux-là sont heureux parce que Dieu se donne à eux, les console, les rassasie, leur fait miséricorde, les appelle ses fils et ses filles, leur donne son royaume. Et ce bonheur n’est pas exclusif ; il est offert à tous, « de toutes les nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7,9).
Dans la première lecture (Ap 7,2-14), l’auteur de l’Apocalypse nous en fait un tableau enthousiaste, extraordinaire. Il nous montre que la sainteté n’est pas réservée à quelques privilégiés. C’est une grâce que Dieu prépare pour une multitude innombrable. Dieu la propose à tous ; nous sommes « tous appelés à la sainteté », comme le dit un texte de Vatican II (LG 40). Malheureusement, certains résistent et n’accueillent pas cette grâce très précieuse qui nous vient de Dieu.
L’auteur de l’Apocalypse nous parle de 144 000 personnes qui proviennent de toutes les tribus d’Israël. Ce chiffre représente le très grand nombre de croyants qui forment le nouveau peuple de Dieu. Cette foule immense que nul ne peut dénombrer vient de tous les horizons, du monde juif mais aussi du monde païen. Au-delà des épreuves et des persécutions, ils découvrent le Christ, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Avec lui, le mal n’aura pas le dernier mot car « l’Amour est plus fort que tout » (Cq 8,6). Leur victoire est déjà la nôtre. Nous attendons le triomphe définitif du Christ sur le mal.
Cet amour de Dieu pour chacun de nous, c’est quelque chose d’extraordinaire. C’est saint Jean qui nous le dit dans la deuxième lecture (1 Jn 3,1-3). Dieu « a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes ». Mais la sainteté n’est pas quelque chose que nous pouvons acquérir par nos seules forces ni en accomplissant des performances spirituelles ou matérielles ; c’est Dieu qui nous la communique, même à nous pauvres pécheurs. Ce qui nous est simplement demandé, c’est d’avoir les mains et le cœur ouverts pour accueillir cet amour qui est en Dieu. C’est ainsi que nous pourrons vivre notre condition de fils ou de filles de Dieu. Nous vivons des situations difficiles, mais si nous nous attachons au Christ, « rien ne peut nous séparer de son amour » (Rm 8,35-39).
Aujourd’hui, l’Église nous invite donc à fêter tous ceux et celles qui ont réussi leur vie, ici-bas et dans l’autre monde. Dans l’Évangile, Jésus nous présente le chemin qui les a conduits au bonheur. Ce bonheur n’a rien à voir avec celui que le monde ou la mode nous proposent pour modèle. Beaucoup ne pensent qu’à celui des « personnes riches, belles, intelligentes, diplômées, pistonnées ». Au contraire, Jésus nous dit : « Heureux les pauvres de cœur… ceux qui pleurent… ceux qui sont persécutés pour la justice… les cœurs purs… les miséricordieux… » Ce message du Christ est proclamé aujourd’hui dans toutes les églises du monde. Rassemblés en son nom il nous rejoint tous.
Pour beaucoup, le vrai bonheur c’est d’être riche et en bonne santé plutôt que pauvre et malade. Et pourtant, nous voyons bien que les richesses du monde ne suffisent pas à nous combler. Le seul qui peut vraiment nous combler et nous rendre heureux, c’est le Seigneur. En allant à lui et en le suivant, nous choisissons la meilleure part, comme la sœur de Lazare, Marie, qui se tenait aux pieds de Jésus (Lc 10,42). Mais ce ne sera possible que si nous ne sommes pas accaparés par nos richesses. Ainsi, nous serons entièrement disponibles pour accueillir le salut de Dieu. Lui seul peut nous combler pleinement.
C’est ce chemin qui a été suivi par les saints que nous fêtons en ce jour. L’Église est fière de nous montrer tous ceux qui ont vécu au mieux l’Évangile des Béatitudes. Nous pensons à tous ceux et celles qui ont marqué l’histoire humaine et chrétienne, les apôtres, les martyrs, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui : la liste de la litanie des saints et saintes ne cessent de s’allonger. Mais la sainteté n’est pas réservée seulement à quelques élites. Elle est pour tous. Pour y parvenir, il suffit d’accueillir le Seigneur et de le laisser agir en nous. « Il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; c’est par lui que nous allons au Père » (Jn 14,6).
La fête de la Toussaint nous rappelle une fois de plus que nous sommes tous appelés à devenir des saints. La tentation est grande de dire que « ce n’est pas pour moi pauvre pécheur ». Il faut le dire et le redire, elle est pour chacun de nous ; au ciel, il n’y a que des saints et des saintes. Certains ont été de grands pécheurs, mais ils ont accueilli le pardon de Dieu : pensons à saint Pierre qui avait renié le Christ, à saint Paul qui avait persécuté les chrétiens, à saint Augustin qui avait passé toute une partie de sa vie dans la débauche, à saint François d’Assise dont la première partie de sa vie s’était déroulée dans les fêtes et la légèreté, à saint Charles de Foucauld et à combien d’autres pour qui le Christ a été une lumière subite dans leur vie… Leur rencontre avec le Christ a complètement bouleversé leur vie. C’est ce que le Christ veut aussi pour chacun de nous : il est capable de venir nous chercher très loin. Il est capable d’aller chercher même des incroyants.
Alors en communion les uns avec les autres et avec tous les chrétiens du monde entier, nous pouvons chante : « Dieu, nous te louons, Seigneur, nous t’acclamons, dans l’immense cortège de tous les saints ».


