Homélies du Père Jacques Pineault

A CARÊME 01 MATTHIEU 04,01-11 (17)

Scourmont : 22.02.2026

Matt4

Frères et sœurs, les textes bibliques de ce premier dimanche du Carême nous parlent de la tentation. Celle-ci peut se présenter à nous de multiples manières : la tentation de conduire trop vite, de trop manger ou de boire inconsidérément, de dire une parole moqueuse ou méchante ou pire encore ; il y a aussi la tentation de montrer aux autres le pouvoir que nous avons et d’en abuser à notre seul profit. Toutes ces tentations et bien d’autres nous détournent de Dieu et même nous révoltent contre lui.

À titre d’information, le pape Léon dans son message du Carême nous invite cette année à une forme d’abstention très concrète : nous abstenir de toute parole qui heurte ou qui blesse le prochain. Pas besoin de réfléchir longtemps pour nous abstenir aussi de tout geste repréhensible.

Le livre de la Genèse (Gn 2,7-9; 3,1-7) nous dit que l’homme a été créé pour le bonheur, la vie, la joie, l’harmonie. Dieu veut notre bien et celui de notre monde. Et pourtant, il nous arrive de déraper, de quitter Dieu et même de lui tourner le dos. Adam et Ève ont été piégés par le serpent ; ils ont voulu être comme des dieux. Mais en cédant à la tentation, ils se sont retrouvés dans une situation misérable. Leurs yeux se sont ouverts pour se contempler non pas comme des dieux mais comme de pauvres hères déchus. Plus tard, à Emmaüs, les yeux des disciples s’ouvriront pour contempler l’homme divin, ce sera le Christ ressuscité.

Dans l’épître aux Romains (Rm 5,12-19), saint Paul nous dit que le péché et la mort atteignent tous les hommes depuis les origines. Mais le plus important, ce sont les dons de Dieu. La grâce de Dieu est bien plus importante que nos nombreux péchés : « Là où le péché abonde, la grâce surabonde » (Rm 5,20), enseigne saint Paul. Cette célèbre affirmation de l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains signifie que l’amour de Dieu dépasse infiniment l’ampleur de nos fautes. La bonne nouvelle que Jésus nous offre pèse bien plus lourd que la mort ou le péché. C’est dans la croix et la résurrection du Christ que s’enracine notre espérance d’une victoire sur la mort et le péché.

L’Évangile d’aujourd’hui nous parle des tentations de Jésus au désert. Il nous dit que derrière ces tentations, il y a quelqu’un. La Bible le nomme le diable. Il est celui qui cherche à faire tomber l’homme. Il est présent dans toutes les luttes de notre vie. Il nous attaque par nos points faibles et il sait déguiser ses attaques. Il est un maître dans l’art de la tromperie. C’est ainsi qu’il a cherché à détourner Jésus de la voie de l’amour. Il lui a proposé de prendre une route facile, celle du succès, du triomphe et de la puissance.

Mais Jésus refuse d’utiliser sa qualité de Fils de Dieu pour se procurer des satisfactions personnelles. Le succès médiatique ne l’intéresse pas. Il repousse avec détermination toutes les tentations. Il répète avec fermeté sa décision de rester fidèle à son Père. Il n’accepte aucun compromis avec le péché. Et surtout, il ne dialogue pas naïvement avec Satan comme Ève l’avait fait au Paradis terrestre.

Jésus sait très bien qu’avec Satan, on ne peut pas vraiment dialoguer. Il choisit de l’affronter avec la Parole de Dieu : « Ce n’est pas seulement de pain que vit l’homme mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). « C’est une célèbre citation biblique signifiant que l’existence humaine ne se limite pas aux besoins matériels. Elle souligne le besoin de nourriture spirituelle, notamment la Parole de Dieu, pour une vie épanouie. Manger c’est vital. Être en accord avec Dieu est encore plus vital.

Ne pas provoquer Dieu est aussi une réponse de Jésus à Satan lors de la tentation au désert, signifiant qu’il ne faut pas douter de la protection de Dieu ou l’obliger à intervenir pour valider sa puissance. « Tu ne tenteras pas le Seigneur » (Mt 4,7) souligne la confiance en Dieu sans exiger de preuves miraculeuses. Lors d’une tentation, le diable demande à Jésus de se jeter du haut du temple, citant l’Écriture pour prouver que Dieu le sauvera. Jésus refuse de forcer la main de Dieu par une action téméraire ou désobéissante. Tenter Dieu, c’est tester sa fidélité, c’est contraire à la foi.

« À Dieu seul, tu rendras un culte ». Ne te prosterne pas devant les idoles, ni devant des personnes et encore moins devant le diable. Même si ces tentations sont aussi appétissantes que le fruit défendu, c’est à nous de choisir si nous voulons ou ne voulons pas vivre en enfants de Dieu et être en relation de fraternité entre nous. Si nous choisissons de marcher à la suite du Christ, nous vivrons ; sinon, c’est la jungle.

Le Seigneur nous montre comment faire face à toutes ses attaques. C’est donc avec le Christ vainqueur que nous entrons dans ce temps du Carême. C’est un temps favorable pour accomplir un chemin de conversion. Comme Jésus, nous sommes invités à nous réfugier dans la Parole de Dieu. C’est ainsi que nous trouverons force et courage dans notre lutte contre le mal. Avec le Christ, nous apprendrons à rejeter toutes les publicités mensongères qui courent à travers le monde et nous détournent de l’Évangile. Jésus nous trace la route de la victoire sur le mal. La Lumière de la Parole de Dieu nous est offerte pour éclairer notre vie. Elle nourrit la foi, elle fait grandir l’espérance et nous donne la force d’aimer. « Ta parole, Seigneur, est vérité et délivrance : elle est lumière sur ma route » (Ps 118, 160.105).

A 06 MATTHIEU 05,17-37 (12)

Chimay : 15.02.2026

A6 2026Frères et sœurs les textes bibliques de ce dimanche nous parlent d’un Dieu qui a vu la misère de son peuple. Cette misère, c’est celle qui vient du péché, de l’égoïsme et des divisions. Le grand projet de Dieu, c’est de nous en libérer. Toute la Bible nous dit qu’il est « venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10).

Pour accomplir cette œuvre de salut, il nous propose plusieurs étapes. Dans un premier temps, il nous donne des règles ou des commandements qui nous aideront à vivre en harmonie. Quand on vit en société, il est important de se respecter les uns les autres. On ne peut pas faire n’importe quoi. La première lecture tirée de Ben Sira le Sage (Si 15,15-20) nous dit que nous avons à choisir : d’un côté, la vie qui résulte de l’observation des commandements ; de l’autre, la mort qui est la sanction de l’orgueil. Le Seigneur veut nous libérer de tout ce qui détruit notre vie. Il nous invite à accueillir ses paroles qui sont celles « de la vie éternelle » (Jn 6,68). Dieu a donné la liberté aux hommes, toutefois il ne les abandonne pas à eux-mêmes pour choisir entre le bien et le mal.

A 03 MATTHIEU 04,12-23

(16) Chimay : 25.01.2025

A3 2026Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous parlent d’un monde compliqué qui a mauvaise réputation. C’est le cas des territoires de Zabulon et de Nephtali au Nord de la Galilée. Il faut savoir que c’est un lieu de passage proche des régions païennes. On l’appelle “Galilée des nations” parce qu’elle est influencée et contaminée par le monde païen. Mais le prophète réagit. Il annonce que ces territoires vont bénéficier, eux aussi, du salut que le Seigneur prépare. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les pays des habitants de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9,1).

Or c’est là, dans ce lieu couvert de honte, que Jésus entreprend sa première évangélisation. Tout commence loin de Jérusalem, en plein cœur de ce monde bigarré, un monde païen où l’on ne cesse de s’affronter et de se diviser. Jésus lui-même se rend à Nazareth, une ville dont on se demande ce qu’il peut sortir de bon (Jn 1,46). « Que peut-il venir de bon de Nazareth ? » est une question biblique exprimant le scepticisme initial face à l’origine modeste de Jésus, mais la réponse : « Viens, et vois ! », révèle que de Nazareth est venu le Christ, le Sauveur, apportant la Bonne Nouvelle (le salut) et prouvant que Dieu peut agir partout, même dans les lieux considérés comme sans importance, transformant le mépris en grâce et en bénédiction. 

A 05 MATTHIEU 05,13-16 (17)

Chimay : 08.02.2025

LumireFrères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui nous guide vers la vraie Lumière. Le prophète Isaïe (Is 58,7-10) s’adresse à un peuple qui revient d’une longue captivité. Il reste encore de douloureuses séquelles de cette terrible période. Malgré tout, la pratique religieuse s’est remise en place. Pleins de bonne foi, ces gens veulent plaire à Dieu. Mais il y a un problème ; et c’est là qu’Isaïe intervient. Beaucoup pensent que Dieu attend les plus somptueuses cérémonies et les meilleurs fruits de la terre. C’est normal qu’on veuille se prosterner devant le créateur du ciel et de la terre en y mettant le paquet.

Mais le vrai Dieu n’est pas comme cela ; il n’exige rien pour lui ni pour sa gloire personnelle. Son bonheur c’est de voir que le droit et la justice animent les relations entre nous. Sa grande joie, c’est que nous vivions ensemble comme des frères et sœurs. Notre attention doit se porter vers les plus faibles et les plus pauvres : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui qui tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable » (Is 58,7). Nous ne pouvons pas aimer Dieu sans aimer le prochain. Nous sommes faits pour être à l’image de Dieu. Si tu sais partager, nous dit le prophète Isaïe, alors « ta nuit sera comme la lumière de midi » (Is 58,10).

A BAPTÊME DU SEIGNEUR MATTHIEU 03,13-17 (12)

Matagne-la-Grande : 11.01.2020

Scourmont : 12.01.2020

Chimay : 11.01.2026

Bapt Jesus2

Frères et sœurs, dimanche dernier, nous étions encore à Bethléem en compagnie des mages. À travers eux, c’était la manifestation de Jésus au monde païen et à tous les chercheurs de Dieu. Aujourd’hui, nous sommes propulsés trente ans plus tard pour fêter une autre Épiphanie, celle qui a eu lieu au cours du baptême de Jésus par Jean. Jésus est alors révélé à Jean Baptiste et à ses disciples ainsi qu’à la foule, et à nous-mêmes par la même occasion : « Il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).

A 04 MATTHIEU 05,01-12a (17)

Chimay : 01.02.2026

A04

 

Frères et sœurs, comme à bien des dimanches, les textes bibliques de ce dimanche nous adressent un appel à la conversion. Nous avons tout d’abord celui du prophète Sophonie (So 2,3 ; 3,12-13). Il vient de dénoncer la violence et les fraudes chez les hauts fonctionnaires, le scandale et les injustices de toutes sortes. De plus sont nombreux ceux qui délaissent le Seigneur et se tournent vers les divinités païennes. En laissant l’injustice et le mensonge l’emporter, on court vers le malheur. Et c’est ce qui est arrivé au peuple. Il a fini par se retrouver exilé en terre étrangère. Seuls les humbles et les petits sont chercheurs de Dieu, c’est à eux que le Seigneur se fera connaître.

 

A 02 JEAN 01,29-34 (21)

Chimay : 18.01.2026

Lamb

    Frères et sœurs, nous entrons aujourd’hui dans le cycle du temps ordinaire. Ce Jésus dont nous venons de fêter la naissance a une bonne nouvelle pour notre humanité. Cette bonne nouvelle a été annoncée aux bergers puis aux mages. Puis les Évangiles nous ont fait découvrir cette libération que le Seigneur a accomplie pour le salut du monde. Cette libération était déjà annoncée plusieurs siècles auparavant par le prophète Isaïe (Is 49,3-6). Nous avons entendu son message adressé à un peuple qui a été déporté en terre étrangère. Il y a été victime de toutes sortes de brimades. Mais Dieu a vu la souffrance des siens et il a envoyé son prophète pour lui annoncer la libération. Tous, même les plus humiliés et les plus méprisés, ont été amenés à découvrir qu’ils ont « de la valeur aux yeux du Seigneur » (Is 49,5).