Homélies du Père Jacques Pineault

A SAINTE FAMILLE MATTHIEU 02,13-15.19-23 (14)

Chimay : 28.12.25

 

s famille 2025Frères et sœurs, en ce temps de Noël où des liens familiaux se resserrent ou se redécouvrent, nous fêtons la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Elle nous est présentée comme le modèle de toutes les familles. La prière d’ouverture nous en indiquait l’objectif : « Que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ». Il ne s’agit pourtant pas d’un conte de fée : un recensement qui met une femme sur le point d’accoucher sur les routes, la naissance de Jésus dans une étable, la persécution d’Hérode, la fuite en Égypte, et finalement un mère qui pleure au pied de la croix de son Fils ! Comment tout cela pourrait-il constituer un exemple ? En fait, ce qui arrive à la Sainte Famille ne ressemble que trop à l’exode subi actuellement par de nombreuses familles à la suite des guerres, des cataclysmes ou des crises économiques.

 

Cette fête a été instaurée vers les années 1920 ; à l’époque, on s’inquiétait déjà de l’évolution de la famille. Avec les années, la situation est devenue de plus en plus cruciale : des couples de plus en plus nombreux qui se séparent, des enfants livrés à eux-mêmes qui sombrent dans la délinquance, des familles qui vivent dans la misère. Et bien sûr, nous n’oublions pas les nombreuses victimes de la pauvreté, de l’abandon, de la violence et de la haine. Il fut un temps où l’on avait pour slogan « Une famille qui prie est une famille unie ». Aujourd’hui on parle plutôt de famille éclatée, monoparentale, reconstituée ou que sais-je encore ?

Bien avant la venue de Jésus, Ben Sira nous rappelle que la famille n’est pas à l’abri des drames et peut être ruinée par le péché (Si 3,2-14). Son discours peut paraître moralisant. Pour qu’elle grandisse harmonieusement, dit-il, ses membres doivent se soutenir, faire preuve de miséricorde et se pardonner. L’amour filial envers nos parents nous dispose à aimer Dieu comme ses enfants. Dieu veut que chaque famille soit heureuse. Le bonheur vécu par la Sainte Famille de Jésus est celui de la proximité de Dieu. Et Ben Sira lui montre le chemin qui lui permettra de parvenir à une véritable harmonie : « Ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché » (Si 3,14). Au nom même de leur foi, les enfants ont le devoir d’honorer leurs parents, même quand ils sont très diminués. Plus tard, les chrétiens comprendront qu’à travers eux, c’est Dieu qui est là.

Dans sa lettre aux Colossiens (Col 3,12-21), saint Paul nous appelle à « vivre ensemble dans le Christ ». Il insiste sur le fait que la vie chrétienne est une vie « dans le Seigneur ». Il nous expose les vertus qui favorisent une belle vie de famille, la tendresse, la bonté, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon. Et « par-dessus tout, qu’il y ait l’amour, qui est le lien le plus parfait » (Col 3,14). Tout cela ne sera vraiment possible que si nous laissons le Christ habiter en nous. En ce temps de Noël, nous fêtons la naissance de Jésus : il vient naître en nous pour transformer notre vie et la rendre de plus en plus conforme à son amour. Vivre Noël, c’est d’abord accueillir le Christ dans notre vie.

L’Évangile nous montre une famille unie et solidaire autour de l’enfant qu’il faut protéger à tout prix. En cette nuit de Bethléem, elle dort du repos des justes. Mais à Jérusalem, Hérode ne dort pas. Il cherche à faire périr l’enfant car il ne veut pas de rival. Face au danger, Marie et Joseph font ce que l’ange du Seigneur leur demande : ils partent le plus loin possible pour protéger l’enfant.

Ce qui est frappant, c’est que cette famille est toujours en chemin. La famille de Jésus est prise dans le tourbillon de l’histoire comme le sont les nôtres : avant la naissance de Jésus, Marie fait un long trajet pour se rendre chez sa cousine Élisabeth. Puis c’est le voyage de Nazareth vers Bethléem pour le recensement ; et aujourd’hui, l’évangile nous dit qu’ils doivent fuir en Égypte pour échapper à la colère d’Hérode. Joseph, à nouveau visité en songe par un ange qui le presse de fuir accueille l’avenir que Dieu trace pour sa famille. Dans la confiance, et en pleine nuit, il quitte son pays. Comme les migrants de toutes les époques, la famille arrive dans une terre inconnue. Son peuple y a été réduit en esclavage et les païens y vivent. Malgré la précarité de la situation, malgré les incertitudes et l’éloignement, les parents de l’Enfant-Jésus s’abandonnent aux vouloirs du Père. Et voici qu’un ange réveille à nouveau Joseph dans son sommeil, l’invitant à retourner au pays d’Israël. Nouvel exode ! L’itinéraire de retour est hésitant. Où se fixer ? Joseph pense sans doute à Bethléem, mais, averti en songe, il décide de se retirer dans la région de Galilée, carrefour des nations. Tout au long de sa vie, Jésus passera lui aussi de village en village pour annoncer la Bonne Nouvelle. Voilà la Sainte Famille : c’est dans sa capacité à se mettre en route qu’elle nous est présentée comme un modèle. Elle accepte de se laisser interpeller par les événements. Malgré les contrariétés et les épreuves, elle fait confiance à Dieu.

Nos familles de la terre sont aussi secouées et bousculées. Parents, grands-parents et enfants ne sont pas épargnés par les aléas de la vie. Chacun pense à tant d’événements qui lui font prendre des chemins inattendus. Comment ne pas penser à tous ces enfants dont la vie est menacée par les guerres, la famine ? D’autres sont victimes de la violence et de la maltraitance. Et bien sûr, nous n’oublions pas tous ceux et celles qui souffrent à cause de l’indifférence, du manque de soins, du manque d’amour et d’affection. À travers tous ceux et celles qui subissent ces douloureuses épreuves, c’est le Christ qui est là et qui attend notre amour. Le pape François ne cessait de nous rappeler qu’il est toujours du côté des plus petits et des plus pauvres.

C’est ainsi qu’en venant dans notre monde, Jésus a voulu faire partie d’une famille humaine. Il y a connu des joies, des souffrances et des épreuves comme dans toutes les familles de la terre. Mais plus tard, il nous dira qu’il fait partie de la grande famille de Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit. Et ce qui est encore plus extraordinaire, c’est qu’il est venu pour nous y faire entrer. Comme le disait le pape Jean-Paul II, « il a donné Dieu aux hommes et les hommes à Dieu ». Au jour de notre baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu. Nous avons été immergés dans cet océan d’amour qui est en lui. Et nous avons été appelés à nous mettre en marche vers ce monde nouveau que Jésus appelle le Royaume de Dieu.

En ce dimanche, nous rendons grâce au Seigneur pour l’exemple que nous donne sa famille terrestre. Nous lui confions toutes nos familles de la terre, en particulier celles qui connaissent de douloureuses épreuves. Il est là, « au cœur de nos vies », mais souvent, c’est nous qui sommes ailleurs.

Nous t’en prions, Seigneur, que toute notre vie soit imprégnée de ta parole et de ton amour pour que nous puissions en témoigner auprès de tous ceux et celles que nous croiserons sur notre route. Père, avec Joseph à qui tu révélais, de nuit, tes volontés, accorde-nous par ton Esprit d’être aussi dociles à tes appels étonnants, parfois même inouïs, dans notre vie d’itinérants, en marche vers une Terre nouvelle. Amen.

A SAINTE MARIE, MERE DE DIEU LUC 02,16-21 (13)

1 janv 2026Frères et sœurs, en ce début d’année, nous échangeons des souhaits. Et nous avons des formules pour le faire : « Bonne et heureuse année ! Surtout la santé ! Que tous tes désirs se réalisent ! » La Bible a aussi ses formules : dans la première lecture du livre des Nombres (Nb 6,22-27), nous en trouvons une qui est très belle ; il s’agit d’une bénédiction que Dieu a transmise à son peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ! Qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage et qu’il t’apporte la paix ! » Cette bénédiction s’adressait au peuple de l’ancienne alliance. Mais elle s’adresse aussi à l’Église d’aujourd’hui et à chacun de nous. Quelles que soient les épreuves qui surviendront en cours d’année, la bénédiction de Dieu nous est toujours offerte.

A AVENT 04 MATTHIEU 01, 18-24 (18)

Scourmont : 21.12.2025

Avent4Frères et sœurs, en ce 4e dimanche de l’Avent, la liturgie nous propose deux récits de l’Annonciation ; nous avons tout d’abord celui de la première lecture qui est tirée d’Isaïe (Is 7,10-16) : nous sommes au ive siècle avant Jésus Christ ; la situation du peuple d’Israël est vraiment dramatique : il est menacé de partout par les armées  étrangères. Face à ce danger, Achaz, le jeune roi d’Israël, doit faire quelque chose, mais ne fait pas le bon choix. Il abandonne le vrai Dieu pour se tourner vers les dieux païens et s’attirer leurs faveurs.

La situation est grave, voire désespérée, puisque la survie de la ville de Jérusalem est menacée par l’invasion étrangère. La proposition du roi semble raisonnable, puisqu’à la sollicitation du prophète (« demande un signe ») il déclare ne pas vouloir tenter Dieu. Il semble qu’il reste ainsi dans la norme définie en Israël où l’on respecte Dieu en ne le soumettant pas à l’épreuve. Mais Isaïe n’est pas dupe et il accable le roi et les siens de ses reproches : « Maison de David ! Ne vous suffit-il pas de lasser la patience des hommes que vous lassiez la patience de Dieu… » (Is 7,13).

Noel2025 jour

A NOEL JOUR JEAN 01,01-18 (5)

Chimay : 25.12.2025

Frères et sœurs, entre collègues, à l’école, chez les commerçants, entre amis, depuis quelques semaines, on échange des vœux. « Bonnes fêtes de Noël ! », s’exclame-t-on. Malgré les difficultés et les deuils, le temps est à la fête ! Et nous, chrétiens, nous avons partagé la fébrilité des préparatifs, décoré nos maisons, pensé à chacun. Nous nous sommes réjouis de la fête qui, souvent, réunira familles, amis et accueillera l’hôte de passage, le voisin isolé. Mais risquons-nous d’être éblouis, fascinés par les illuminations du monde ?

Le prologue de saint Jean, que nous lisons le jour de Noël, nous conduit à l’essentiel. Il ouvre notre cœur et notre intelligence à la parole créatrice. Nous redécouvrons que la lumière qui éclaire le chemin que nous avons choisi d’emprunter ne se confond ni avec les feux qui brillent dans les arbres de nos maisons, ni avec les projecteurs des devantures commerciales, ni avec les scintillements éphémères de nos réussites. Cette lumière est celle qui éclaire les pas du messager de la paix.

A AVENT 03 MATTHIEU 11,02-11 (21)

Chimay : 14.12.2025

Avent3Frères et sœurs,

ce 3e dimanche de l’Avent est celui de la joie. Si nous sommes dans la joie, c’est parce que le Seigneur est proche. Sa venue dans le monde est source d’espérance. Qu’il soit avec nous, au cœur de nos vies, c’est aussi une source d’espérance. Cette bonne nouvelle, nous la retrouvons tout au long des lectures bibliques de ce jour. Elles nous révèlent un Dieu qui nous délivre du mal. Ce Dieu a un amour de prédilection pour les pauvres, les petits, les exclus. Plus tard, Jésus nous dira qu’ils ont la première place dans son cœur.

Dans la première lecture (Is 35,1-10), Isaïe nous révèle le salut de Dieu par la joie qu’il fait naître. Il s’adresse à un peuple qui a beaucoup souffert. Après avoir passé de nombreuses années en exil sur une terre étrangère, le peuple va pouvoir revenir chez lui. Ce retour est présenté comme un “ouragan de joie” : « le pays aride... qu’il exulte et crie de joie ! » (Is 35,1-2). Dieu ne peut accepter la situation tragique des exilés, des prisonniers, des populations asservies. Il décide alors de changer les choses. Le texte biblique utilise le mot “vengeance” : « c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu » (Is 35,4). Mais la vengeance de Dieu n’est pas de punir ni d’écraser. S’il intervient c’est d’abord pour guérir et sauver : « il vient lui-même et va vous sauver » (Is 35,4). En lisant ce texte biblique, nous découvrons qu’il est le prélude à une libération autrement plus importante. Par sa mort sur la croix, et sa résurrection, Jésus va ouvrir à l’humanité toute entière le chemin de la vraie vie. La terre et ses habitants seront transfigurés, « couronnés de l’éternelle joie » (Is 35,10).

A NOEL NUIT LUC 02,01-14 (15) 

Chimay : 24.12.2025

Noel2025Frères et sœurs, tout au long de l’Avent, la liturgie nous a parlé de la venue de Jésus. Cette Bonne Nouvelle était annoncée depuis plusieurs siècles à un « peuple qui marchait dans les ténèbres » (Is 1,9). Ces ténèbres, c’étaient celles de l’exil et de l’oppression étrangère. Le message d’Isaïe dans les ténèbres marque encore douloureusement la vie de notre monde, celles du terrorisme et de la violence, mais aussi celles de la maladie, de la pauvreté et de la solitude.

La Bonne Nouvelle de Noël, c’est que Dieu ne nous abandonne pas. Il vient à nous. Il vient « nous rendre espoir et nous sauver » comme le chante le Venez divin Messie[1]. Venez divin Messie est un chant populaire chrétien. Il est traditionnellement chanté durant la période de l’Avent. Il rappelle le temps d’attente du peuple d’Israël avant la naissance du christ. Ce chant est en même temps un appel à Jésus-Christ présent dans l’Eucharistie.

A AVENT 03 MATTHIEU 11,02-11 (21)

Chimay : 14.12.2025

Avent3Frères et sœurs,

ce 3e dimanche de l’Avent est celui de la joie. Si nous sommes dans la joie, c’est parce que le Seigneur est proche. Sa venue dans le monde est source d’espérance. Qu’il soit avec nous, au cœur de nos vies, c’est aussi une source d’espérance. Cette bonne nouvelle, nous la retrouvons tout au long des lectures bibliques de ce jour. Elles nous révèlent un Dieu qui nous délivre du mal. Ce Dieu a un amour de prédilection pour les pauvres, les petits, les exclus. Plus tard, Jésus nous dira qu’ils ont la première place dans son cœur.

Dans la première lecture (Is 35,1-10), Isaïe nous révèle le salut de Dieu par la joie qu’il fait naître. Il s’adresse à un peuple qui a beaucoup souffert. Après avoir passé de nombreuses années en exil sur une terre étrangère, le peuple va pouvoir revenir chez lui. Ce retour est présenté comme un “ouragan de joie” : « le pays aride... qu’il exulte et crie de joie ! » (Is 35,1-2). Dieu ne peut accepter la situation tragique des exilés, des prisonniers, des populations asservies. Il décide alors de changer les choses. Le texte biblique utilise le mot “vengeance” : « c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu » (Is 35,4). Mais la vengeance de Dieu n’est pas de punir ni d’écraser. S’il intervient c’est d’abord pour guérir et sauver : « il vient lui-même et va vous sauver » (Is 35,4). En lisant ce texte biblique, nous découvrons qu’il est le prélude à une libération autrement plus importante. Par sa mort sur la croix, et sa résurrection, Jésus va ouvrir à l’humanité toute entière le chemin de la vraie vie. La terre et ses habitants seront transfigurés, « couronnés de l’éternelle joie » (Is 35,10).