A SAINTE MARIE, MERE DE DIEU LUC 02,16-21 (13)
Frères et sœurs, en ce début d’année, nous échangeons des souhaits. Et nous avons des formules pour le faire : « Bonne et heureuse année ! Surtout la santé ! Que tous tes désirs se réalisent ! » La Bible a aussi ses formules : dans la première lecture du livre des Nombres (Nb 6,22-27), nous en trouvons une qui est très belle ; il s’agit d’une bénédiction que Dieu a transmise à son peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ! Qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage et qu’il t’apporte la paix ! » Cette bénédiction s’adressait au peuple de l’ancienne alliance. Mais elle s’adresse aussi à l’Église d’aujourd’hui et à chacun de nous. Quelles que soient les épreuves qui surviendront en cours d’année, la bénédiction de Dieu nous est toujours offerte.
D’autre part, il est heureux que nous débutions cette nouvelle année en fêtant Sainte Marie, Mère de Dieu. Saint Paul nous dit que « Dieu a envoyé son Fils né d’une femme » (Ga 4,4). Il nous rappelle ainsi que le Seigneur Jésus, Fils de Dieu, fait pleinement partie de la famille humaine. Dieu nous a donné son Fils pour faire de nous, en Jésus, des fils adoptifs. C’est en écoutant et en suivant le Christ que nous entrons dans une vie de liberté sous la conduite de l’Esprit Saint. « Celui qui déclare demeurer en lui doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché » (1 Jn 2,6). Et Marie est toujours là pour nous inviter à faire « tout ce qu’il nous dira » (Jn 2,5).
L’Évangile nous annonce que Dieu vient nous combler bien au-delà de nos espérances. La nuit de Noël, nous avons fêté la naissance de notre Sauveur. Cette Bonne Nouvelle aurait dû être annoncée aux gens influents du pays, à l’empereur Auguste par exemple ou au moins aux habitants de Nazareth. Mais Dieu ne voit pas les choses comme les spécialistes du marketing. Il envoie ses anges plutôt vers les bergers. Ces derniers sont des pauvres parmi les pauvres. Ils sont les premiers à recevoir cette Bonne Nouvelle ; ils sont les premiers à découvrir Marie et Joseph avec « le nouveau-né couché dans une mangeoire » (Lc 2,12). Saint Luc nous dit qu’ils repartent en glorifiant Dieu et en le louant pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu. Les bergers n’étaient pas des gens dont on était certain qu’ils allaient répandre la Bonne Nouvelle plus vite que le vent, mais ils étaient suffisamment pauvres pour recevoir gratuitement toute Bonne Nouvelle venue de Dieu.
En ce début d’année, nous pouvons souhaiter que le Christ nous donne à tous « un cœur de berger », c’est-à-dire un cœur capable de découvrir le Christ, un cœur capable de s’émerveiller de sa présence au milieu de nous, un cœur capable de déceler la présence du Christ là où nous ne pensions pas le rencontrer. Car le Christ n’est pas qu’à l’église ; il est partout où il y a de l’amour ; il est aussi là où on souffre. Puissions-nous le découvrir partout. Et non pas s’étonner comme Madeleine Delbrêl : « Seigneur, si tu es partout : comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? »
Cette Bonne Nouvelle, Jésus nous invite à la proclamer dans le monde entier (Mt 28,19). Les bergers ont raconté « ce qui leur avait été dit au sujet de l’enfant » (Lc 2,17). Pour que la foi se répande, il faut que les gens parlent. Celui qui a découvert le Christ ne peut faire autrement que d’en témoigner. La découverte de la foi en Jésus-Christ est une expérience si profonde qu’elle pousse naturellement à en témoigner auprès des autres. Le témoignage devient alors une conséquence logique, car celui qui a trouvé un sens et un chemin dans cette foi ne peut s’empêcher de partager ce qu’il a découvert. La foi, c’est comme la lumière. On ne la met pas sous le boisseau (Mt 5,15). Elle ne pourra se développer en nous que si nous la transmettons autour de nous. Mieux : nous ne pouvons connaître en vérité le Christ que si nous le montrons. La véritable connaissance du Christ vient de la manière dont nous vivons et agissons, pas seulement de nos paroles. Pour connaître le Christ en vérité, il faut le montrer à travers nos actions, notre foi et nos œuvres, en vivant selon ses enseignements et en les reflétant dans notre vie quotidienne avec les autres.
Pour cette mission, nous ne sommes pas seuls. Après nous avoir parlé des bergers, saint Luc attire notre attention sur Marie, mère de Jésus. L’Évangile n’a retenu que quelques paroles d’elle. Il nous dit aujourd’hui qu’elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19). Elle venait de vivre des événements très forts. En les méditant « dans son cœur », elle découvre la richesse et la beauté de ce qui lui arrive. Ce cœur à cœur avec Dieu est absolument essentiel, car il s’agit d’une relation intime et quotidienne qui nourrit l’âme et procure une guidance spirituelle. Cette relation intime, caractérisée par des qualités comme l’humilité et la pureté, est un pilier de la foi chrétienne, fondé sur l’amour de Dieu et du prochain, comme le résume la double loi de l’amour.
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,37-39). Ce double commandement de l’amour, envers Dieu et envers le prochain, constitue l’essence de la vie chrétienne. Il définit notre identité en tant que disciples du Christ. Dans notre cheminement spirituel, il est important de s’interroger : le commandement de l’amour de Dieu et du prochain est-il vraiment notre priorité ? Ou bien nous contentons-nous de verser dans un amour occasionnel, dépendant de notre confort et de notre convenance ? Notre engagement envers Dieu et envers notre prochain ne doit pas être relégué au rang de l’agréable, mais doit être la pierre angulaire de notre existence. Ainsi, ouvrir notre cœur à Dieu et au monde qui nous entoure nous permettra de vivre pleinement le plus grand commandement que le Seigneur nous a légué : celui de l’amour.
A la suite de la Vierge Marie, nous sommes tous invités à méditer les événements de notre vie. Et nous avons la chance de pouvoir le faire à la lumière de l’Évangile. Même quand tout va mal, nous ne devons jamais oublier que le Seigneur est là « au cœur de nos vies » ; nous pouvons toujours compter sur lui.
Ce 1er janvier est aussi la journée mondiale de prière pour la paix. Nous pensons à tous ces pays qui sont douloureusement marqués par la guerre, la violence, le terrorisme. Nous n’oublions pas les familles qui se déchirent, les voisins qui ne se parlent plus, les frères qui nous dédaignent. Si Dieu nous a envoyé son Esprit d’amour, c’est pour que nous soyons des artisans et des messagers de paix et de miséricorde. Je vous propose en terminant une parole historique de Martin Luther-King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ». Et souvenons-nous que la nouvelle année débute avec le nom de Jésus qui signifie : Le Seigneur Sauve.
