A BAPTÊME DU SEIGNEUR MATTHIEU 03,13-17 (12)

Matagne-la-Grande : 11.01.2020

Scourmont : 12.01.2020

Chimay : 11.01.2026

Bapt Jesus2

Frères et sœurs, dimanche dernier, nous étions encore à Bethléem en compagnie des mages. À travers eux, c’était la manifestation de Jésus au monde païen et à tous les chercheurs de Dieu. Aujourd’hui, nous sommes propulsés trente ans plus tard pour fêter une autre Épiphanie, celle qui a eu lieu au cours du baptême de Jésus par Jean. Jésus est alors révélé à Jean Baptiste et à ses disciples ainsi qu’à la foule, et à nous-mêmes par la même occasion : « Il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).

Cet événement était déjà annoncé au sixième siècle par le prophète Isaïe (42,01-07). À cette époque, le peuple d’Israël se trouvait en exil à Babylone ; le prophète Isaïe s’efforçait de lui redonner du courage : il annonçait le « serviteur, l’élu qui a toute sa faveur » (Is 42,1), qui aura pour mission d’accomplir l’œuvre de salut de Dieu, c’est-à-dire d’établir le droit sur la terre. Car la volonté de Dieu, c’est de sauver toute l’humanité, de la rendre heureuse. Il est celui qui ouvre les yeux des aveugles et qui rend la liberté aux opprimés. Il est surtout celui qui fait alliance avec son peuple. Il est celui qui nous rassemble ici aujourd’hui.

C’est de cette espérance dont doit témoigner le peuple que Dieu s’est choisi. Même s’il est ballotté par les grands empires du moment, rien ne doit l’arrêter. Il a pour mission de faire connaître le vrai Dieu aux païens. Il doit annoncer le message de Dieu avec fermeté et douceur. Aux yeux des hommes, cela peut paraître dérisoire. Mais Dieu est là. Il fait reposer son Esprit sur son serviteur. Ce dernier témoigne que Dieu est lumière et libération pour tous les hommes.

Le Nouveau Testament applique ce poème d’Isaïe à Jésus. Jésus est vraiment ce serviteur non violent, plein de douceur et de discrétion. C’est lui que nous sommes invités à écouter et à suivre. Il se présente à nous comme la « lumière des nations ». à sa suite, nous, chrétiens baptisés et confirmés, nous sommes envoyés pour porter cette lumière au monde d’aujourd’hui. Nous vivons dans une société qui veut mettre à distance la Bonne Nouvelle de l’Évangile. De nombreux pays sont guettés par la déchristianisation. Mais rien ne peut arrêter la réalisation du plan de Dieu. « L’homme propose et Dieu dispose » (Pr 16,1).

Le livre des Actes est là pour nous parler de l’Évangile « pour tous » (Ac 10,34-38). Il n’est pas seulement réservé à une élite de fervents. Il doit atteindre le monde entier. Il n’y a pas de borne au message de paix et de liberté que Dieu annonce par son Fils. Jésus s’est fait le Seigneur de tous, y compris des païens. L’Esprit de Dieu fait que la Parole de ses messagers porte du fruit. La Pentecôte en milieu païen, chez un centurion de l’armée romaine, continue de nos jours. Dieu ne cesse d’agir au-delà des frontières visibles de son Église.

L’Évangile de ce dimanche nous parle du baptême de Jésus près du Jourdain. Jésus se mêle à la foule des pécheurs pour recevoir ce baptême de pénitence donné par Jean. Pourtant, il n’a pas de péché à se faire pardonner. Il n’a donc pas besoin de repentir. Ce baptême de Jésus n’était pas nécessaire pour lui. Jean, lui-même le reconnaît : « C’est moi (pauvre pécheur) qui ai besoin d’être baptisé par toi… » (Mt 3,14).

Mais ce geste de Jésus était nécessaire pour nous. Il est précisément venu pour combler cette distance entre l’homme et Dieu, entre Lui et nous. Il a voulu être immergé dans notre condition humaine très concrète. Il est entré dans l’eau du Jourdain pur de tout péché. Il en est ressorti porteur de tous les péchés du monde. Ce mal qui nous accable, il le prend sur lui pour nous en libérer. Il veut nous en débarrasser car il veut que nous soyons heureux.

La vallée du Jourdain est le point le plus bas de la terre : Jésus ne pouvait opérer meilleur choix pour signifier et réaliser cette descente du Verbe parmi nous. Durant sa vie publique, il ne restera pas, tel un enfant sage, dans le Temple de Jérusalem. Sa mission le conduira au contraire sur les routes escarpées et cabossées qu’emprunte l’humanité, et sur lesquelles elle tente, cahin-caha, de rejoindre le port de l’éternité.

Mais ce qu’il faut surtout retenir du mystère du baptême du Seigneur, c’est la mission qu’il inaugure, et que le Père l’a chargé de réaliser : reprendre à bras-le-corps toute la Création qui s’était détournée de Lui, afin de la Lui ramener. Cette mission requérait donc que le Christ la soulevât, non pas en l’agrippant par le collet, ou en la hissant à lui comme par une poignée, ainsi qu’on le fait avec un colis ou une valise, mais en la prenant sur ses épaules. Or, pour réaliser pareille tâche, le Christ devait se baisser au niveau de la brebis blessée, gisant à terre. Se faire solidaire des hommes, au point de descendre aussi bas que leurs péchés les avaient conduits et les en laver : « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ».

Cependant, la plongée dans le Jourdain n’était que la préfiguration de la descente vertigineuse du Fils dans les ténèbres de la Croix. Sur le Golgotha, Jésus goûtera pleinement le fruit amer du péché. Mais c’est là également qu’il ressaisira intégralement la créature afin de la ramener au Père. Là, il sera pleinement configuré aux pécheurs qu’il est venu appeler. Là, sur le Calvaire, il nous rejoindra sur le lieu même de leur déréliction ; mais ce sera pour nous amener à la Résurrection.

« Ce sont nos maladies qu’il portait, nos douleurs dont il prenait la charge » dit l’Écriture du Serviteur souffrant (Is 53,04). Cette prophétie s’applique sans peine au ministère de Jésus. Les eaux du Jourdain ne devaient pas particulièrement briller par leur propreté tandis que Jean le baptisait. Aujourd’hui encore, en ces temps d’apostasie de grande ampleur, nous baignons tous, d’une façon ou d’une autre, dans le grand fleuve de l’indifférence religieuse. Dieu est devenu un étranger sur cette terre. Le Créateur n’est plus chez lui au sein de la Création ! Il nous a voulu libres : Il est servi !

Mais cette fête du Seigneur nous annonce un autre baptême bien plus grand, celui que reçoivent les chrétiens. Avec ce baptême, nous sommes plongés dans cet océan d’amour qui est en Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Nous sommes envoyés dans ce monde tel qu’il est pour lui dire et lui montrer par toute notre vie que Dieu l’aime. Avec Jésus, plus rien ne peut être comme avant. « Il est celui qui a donné Dieu aux hommes et les hommes à Dieu » (Jean-Paul ii).

Notre Évangile d’aujourd’hui se termine par la Parole du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie » (Mt 3,17). C’est lui que nous sommes invités à suivre et à écouter. Et c’est de son amour que nous avons à témoigner dans ce monde. C’est en vue de cette mission que nous venons nous ressourcer à la table eucharistique. Le Christ est là pour nous communiquer sa vie et sa joie. Il est le pain vivant sur nos chemins humains. C’est bien la grâce d’être chrétien que d’éprouver la puissance de Dieu « se déployant dans notre faiblesse » (2 Co 12,9).