A 02 JEAN 01,29-34 (21)

Chimay : 18.01.2026

Lamb

    Frères et sœurs, nous entrons aujourd’hui dans le cycle du temps ordinaire. Ce Jésus dont nous venons de fêter la naissance a une bonne nouvelle pour notre humanité. Cette bonne nouvelle a été annoncée aux bergers puis aux mages. Puis les Évangiles nous ont fait découvrir cette libération que le Seigneur a accomplie pour le salut du monde. Cette libération était déjà annoncée plusieurs siècles auparavant par le prophète Isaïe (Is 49,3-6). Nous avons entendu son message adressé à un peuple qui a été déporté en terre étrangère. Il y a été victime de toutes sortes de brimades. Mais Dieu a vu la souffrance des siens et il a envoyé son prophète pour lui annoncer la libération. Tous, même les plus humiliés et les plus méprisés, ont été amenés à découvrir qu’ils ont « de la valeur aux yeux du Seigneur » (Is 49,5).

Nous avons là un message d’espérance pour tous les prisonniers et les exclus d’aujourd’hui. Pensons à tous ceux qui sont enfoncés dans leur mauvaise réputation à cause de leur passé ou de leurs actes répréhensibles. Mais le Seigneur ne les abandonne pas. Il leur envoie des prophètes, des prêtres, des témoins pour leur dire qu’ils ont « du prix à ses yeux ». Il ne veut pas qu’un seul se perde ; et il compte sur nous pour être des porteurs d’espérance et de lumière pour toute l’humanité.

Dans les premiers siècles de l’Eglise, des chrétiens mouraient martyrs, car ils rendaient témoignage au nom de Jésus et étaient exécutés. Ils avaient bien sûr, parmi les morts, une place spéciale. Ils étaient associés aux apôtres, à Jean-Baptiste, aux prophètes…
Ce qui les faisait bénéficier d’un bonheur immédiat auprès de Dieu.
Ils étaient dès leur mort associés à la résurrection de Jésus.

La Vierge Marie, elle-même, avait une place unique comme croyante et modèle d’espérance, Mère du Christ, figure du « oui » à Dieu. Puis ce furent certains évêques, des moines, des femmes ayant eu un rôle important dans la conversion des peuples barbares… Une pratique populaire qui mettait en valeur des figures historiques comme signes évangéliques, comme saints. Pensons à Saint François-Xavier considéré comme le plus grand missionnaire depuis Saint Paul.

L’Eglise continue à donner à certains hommes une reconnaissance publique en les proclamant saints par la canonisation. Pensons à Saint François d’Assise, Mère Teresa, Carlo Acutis. La sainteté est un mystère où se rencontrent grâce divine et liberté humaine. Elle échappe à nos critères habituels. Cependant, certaines existences ont valeur de signe. Elles disent une espérance quotidienne possible par l’accueil de la promesse de Dieu dans une vie tournée vers le prochain.

Les saints ne disent pas seulement ce qui est possible à une vie humaine. Ils disent le don de Dieu qu’il est possible d’accueillir et de faire fructifier en toute vie. C’est pour cela qu’ils sont célébrés, car ils sont porteurs d’avenir et d’espérance. Ils ne sont pas considérés comme sans faute. Ils ont vécu des moments de lumière et des moments d’ombre et de faiblesses. C’est le sens global de leur vie qui est perçu comme positif et accordé à l’évangile.

C’est aussi ce message d’espérance que nous trouvons dans la lettre de Saint Paul aux Corinthiens (1 Co 1,1-3). Il s’adresse à des nouveaux convertis. Parmi eux, se trouvent des petites gens, des personnes peu recommandables. Le monde les méprise ; mais ils sont amenés à découvrir que le Christ est venu pour tous. Les uns et les autres sont invités à devenir disciples et missionnaires. Jésus les appelle tous à la sainteté, y compris ceux qui sont tombés très bas. Ils ont tous du prix aux yeux de Dieu. « Dans le Christ Jésus ils sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom du Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre » (1 Co 1,2). Être serviteur de Dieu est un honneur et une mission pour le salut de tout le peuple. Moïse, Abraham, David, les prophètes en sont, mais c’est bien sûr Jésus qui sera le Serviteur parfait en donnant sa vie pour le salut de tous les hommes. Soyons nous-mêmes serviteurs du Christ et de l’Évangile, à l’exemple de Marie, « l’humble servante du Seigneur ».

L’Évangile de ce dimanche nous montre Jésus qui vient à Jean Baptiste. Nous n’oublions pas que le nom de Jésus signifie : « Le Seigneur sauve », et qui, tout au long de sa vie publique, promettra le salut à ceux qui le suivront. Or voilà qu’en ce jour, nous le voyons rejoindre l’humanité blessée par son péché. L’humanité a bien besoin d’être sauvée. Cela, nous le constatons tous les jours. Nous risquons peut-être de nous décourager car ce salut nous paraît bien lointain. Mais Saint Jean nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas. Il « nous a aimés le premier » (1 Jn 4,19). Nous venons de fêter Noël : c’est l’irruption de Dieu chez les hommes pour leur apporter le salut.

C’est ainsi que Jean Baptiste découvre Jésus sous un jour nouveau. Nous l’avons entendu dire par deux fois : « Je ne le connaissais pas » (Jn 1,31.33). Et pourtant, ils sont cousins ; ils avaient bien dû se rencontrer dans leur enfance. Nous aussi, nous avons aussi fait cette expérience. Dans nos relations, il peut y avoir des personnes que nous pensions bien connaître. Mais au bout d’un certain temps, nous les découvrons sous un jour nouveau. Nous n’aurions jamais imaginé les retrouver ainsi.

Quand Jean Baptiste nous dit qu’il ne connaissait pas Jésus, il veut nous parler de son mystère. Il découvre en lui « l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29). En lui, c’est la promesse d’Isaïe qui se réalise bien au-delà de toutes les espérances. Le Christ prend sur lui tout le péché du monde pour l’en libérer. Un jour, chez Zachée, il dira que « le Fils de l’Homme est venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10). La bonne nouvelle c’est que le Christ n’est pas seulement un personnage du passé. Il continue à nous rejoindre au cœur de nos vies, de nos joies et de nos épreuves. « Tu es là au cœur de nos vies, et c’est toi qui nous fais vivre. Tu es là au cœur de nos vies, bien vivant, ô Jésus Christ » (Raymond Fau).

Mais pour trouver le Christ, il faut le chercher ou plutôt se laisser trouver par lui. Il est toujours là. Il ne demande qu’à nous rejoindre. Mais c’est souvent nous qui sommes ailleurs. Aujourd’hui, nous sommes invités à accueillir cette présence du Christ pour en être les témoins auprès de ceux qui ne le connaissent pas. Le meilleur endroit pour le rencontrer, c’est l’Eucharistie. C’est un cadeau qu’il nous offre gratuitement pour perpétuer sa présence au milieu de nous. La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui a toujours lieu du 18 au 25 janvier, s’ouvre ce dimanche autour du thème : « Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance » (Ep 4,4). Plus nous nous approcherons du Christ et de l’Eucharistie, plus nous nous conformerons à lui et plus grandiront sa présence et son amour. C’est par ce témoignage de notre foi, en paroles et en actes, que nous sommes au quotidien serviteurs de l’Évangile auprès de tous ceux que nous rencontrons.