A 04 MATTHIEU 05,01-12a (17)

Chimay : 01.02.2026

A04

 

Frères et sœurs, comme à bien des dimanches, les textes bibliques de ce dimanche nous adressent un appel à la conversion. Nous avons tout d’abord celui du prophète Sophonie (So 2,3 ; 3,12-13). Il vient de dénoncer la violence et les fraudes chez les hauts fonctionnaires, le scandale et les injustices de toutes sortes. De plus sont nombreux ceux qui délaissent le Seigneur et se tournent vers les divinités païennes. En laissant l’injustice et le mensonge l’emporter, on court vers le malheur. Et c’est ce qui est arrivé au peuple. Il a fini par se retrouver exilé en terre étrangère. Seuls les humbles et les petits sont chercheurs de Dieu, c’est à eux que le Seigneur se fera connaître.

 

Aussi tout n’est pas perdu : le Seigneur va pouvoir s’appuyer sur ceux qui le cherchent en toute justice et humilité. Ces humbles qui s’en remettent à Dieu ne sont pas nombreux. Ne pouvant s’appuyer sur des moyens humains, ils mettent toute leur confiance en Dieu. Alors Dieu va les rassembler ; ils vivront dans la justice et la vérité. Ils trouveront enfin le repos et la sécurité. Toute la Bible nous parle d’un Dieu qui a vu la misère de son peuple et qui veut le sauver.

Dans la lettre de saint Paul aux Corinthiens (1 Co 1,26-31), l’apôtre s’adresse aux chrétiens de Corinthe. Dans cette ville, se trouvent une riche minorité d’intellectuels et de commerçants mais aussi une forte majorité de dockers et d’esclaves. Paul y a séjourné dix-huit mois pour faire entendre l’Évangile. Mais après Sophonie et d’autres prophètes, il fait le même constat que Jésus a pu faire lui aussi : ceux qui se sont laissé enthousiasmer par la Bonne Nouvelle de l’Évangile ce sont des petites gens ; ils ont compris que l’argent, la science et le pouvoir ne peuvent les sauver. Ils mettent toute leur confiance dans l’amour fou de Dieu pour tous les hommes. Lui seul peut les sauver.

Les choix de Dieu nous semblent une folie, tant ils renversent nos critères d’efficacité, de puissance ou d’appartenance à une élite. Ces deux lectures nous ont préparés à recevoir le message de l’Évangile des béatitudes. Nous y voyons Jésus s’adresser aux pauvres, à ceux qui sont assoiffés de justice, aux cœurs purs, aux artisans de paix, à ceux qui sont persécutés. La situation des uns et des autres ne correspond guère à l’idée que nous nous faisons du bonheur. Le monde met en avant celui des riches et des puissants. Mais en y regardant de près, nous voyons bien que leurs richesses et leur puissance ne peuvent vraiment les combler.

Aujourd’hui, le Christ nous parle du bonheur des pauvres, des lépreux, des exclus. Leur rencontre avec lui est la chance de leur vie et la nôtre. La source de notre bonheur, c’est le Royaume de Dieu. Nous sommes loin des valeurs véhiculées par la société dominante d’aujourd’hui, de ses apprentis dictateurs et de ses slogans publicitaires. Tous nous disent : “Soyez les plus forts”… ou “la plus belle”… “Devenez scandaleusement riches…” Rappelons-nous ce que nous dit saint Paul : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort » (1 Co 1,27). Cette citation, tirée de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, souligne que Dieu choisit ce qui est perçu comme faible, fou ou méprisé par le monde pour confondre la force et la sagesse humaines. L’objectif est d’empêcher toute vantardise humaine et de montrer que la puissance divine s’accomplit dans la faiblesse. 

La Bible emploie parfois des paradoxes pour transmettre des messages profonds, dont l’un d’entre eux se trouve chez saint Paul : « C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les insultes, dans les détresses, dans les persécutions, dans les angoisses pour le Christ, car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,10).

Comme l’apôtre Paul, nous n’avons pas à rougir de nos faiblesses, quelles qu’elles soient. Pour certains, il peut s’agir d’une maladie persistante que Dieu n’a pas enlevée. D’autres peuvent être timides, pauvres, analphabètes. Nous avons tous des limites et avons tendance à les dissimuler, nous efforçant de paraître plus forts que nous ne le sommes réellement. Paul propose une autre perspective : montrer de la gratitude pour nos faiblesses.
La beauté de la faiblesse ne réside pas dans la faiblesse elle-même, mais dans la façon dont la puissance de Dieu brille à travers elle. Par conséquent, Paul pouvait se considérer comme fort même dans la faiblesse. Nos limites nous rappellent notre finitude, ce qui nous conduit à Dieu. En proposant le chemin de la pauvreté, Jésus invite à considérer notre filiation divine comme notre vraie richesse.

« Heureux les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, les cœurs purs, les miséricordieux, ceux qui sont persécutés… » En fait, Jésus ne fait que dresser son propre portrait : quand Dieu prend chair, de la crèche à la croix, il est le pauvre, le doux, le miséricordieux ; il pleure avec la veuve de Naïm et les sœurs de son ami Lazare ; il est artisan de paix avec les lépreux, les publicains, Nicodème et la samaritaine. Il est comme l’agneau au milieu des loups, persécuté jusqu’à la mort au milieu des brigands.

La Bible de Chouraqui a traduit ce mot “Heureux” par “En avant”. C’est un appel pour les pauvres, les petits, les persécutés à se lever et à se mettre en marche à la suite du Christ. C’est en lui et avec lui que nous trouverons le vrai bonheur. Même quand tout va mal, il est là avec nous. Il vient nous habiter et nous combler de sa joie. Sa présence et son amour ne peuvent que nous rendre heureux.

Ce bonheur que nous trouvons en Dieu, il nous faut le communiquer à ceux qui nous entourent. Et pour cela le Christ a besoin de nous. L’Évangile c’est une lumière qu’il nous faut transmettre autour de nous à tous ceux qui nous entourent, en particulier à tous les blessés de la vie. Le Seigneur nous envoie tous pour être les témoins de son amour partout dans le monde. C’est en vue de cette mission que nous nous sommes rassemblés pour nous nourrir de la Parole du Christ et de son Eucharistie. Soyons donc partout les témoins de la bonne nouvelle de ce dimanche.