A CARÊME 03 JEAN 04, 05-42 (17)
Chimay : 08.03.2026
Frères et sœurs, l’homme a soif et Dieu seul peut étancher sa soif. Dans la vie, l’espérance ne déçoit pas, parce que le Christ nous sauve du péché, et c’est bien le sens du chemin vers le baptême. C’est ce que nous dit saint Paul, dans l’épître aux Romains (5,1-8), lue dans beaucoup de paroisses où se vivent ce troisième dimanche de Carême des scrutins, étape importante pour les catéchumènes en vue de leur baptême à Pâques. « L’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Dieu, et lui seul, comble l’immense désir de l’humanité. C’est ce qui nous permet d’avancer dans le combat spirituel, car le baptême n’est pas le point final de la vie chrétienne, mais simplement le début. Tout au long de notre vie chrétienne, il y a des combats, que nous avons à mener dans l’espérance.
« Le monde ne suffit pas ». Ce n’est pas seulement le titre d’un James Bond (1999), c’est surtout l’expérience la plus ordinaire : rien sur terre ne suffit à combler le cœur humain. Gagner plus, posséder plus, toujours plus… ne rendra pas éternellement heureux. L’homme pressent qu’il a besoin davantage, de quelque chose qui donnera du sens à sa vie.
La soif des Hébreux dans le désert (Ex 17) est à cet égard un exemple symbolique, une vérité théologique : l’homme a soif et Dieu seul peut étancher sa soif. Tant que nous n’avons pas trouvé l’eau vive, nous buvons des eaux qui ne désaltèrent pas ! Et de fait, nous voyons autour de nous se multiplier les quêtes spirituelles, qui prennent parfois des formes très surprenantes. C’est que Dieu seul peut combler le cœur de l’homme, parce qu’il nous a créés pour être aimés par Lui ; il nous a créés pour être dans une relation d’amour avec Lui. Il nous a créés pour nous adopter et faire de nous ses enfants bien-aimés – ce que nous devenons par le baptême.
Celui qui ne connaît pas Dieu va alors chercher des façons d’assouvir cette soif spirituelle. Nous le voyons dans l’évangile avec l’histoire de la montagne sur laquelle les Samaritains vont adorer (Jn 4,20). À vrai dire, nous connaissons assez mal les Samaritains : au mieux, nous les confondons avec le magasin du même nom… au pire nous n’en connaissons rien. Au point de départ, ce sont des Juifs, héritiers de la promesse d’Abraham. Mais ils se sont écartés de la foi juive, lors des invasions païennes. Leur foi est depuis un mélange de différentes religions… ce qui nous permet de comprendre la question de la Samaritaine à Jésus : faut-il adorer sur cette montagne ou à Jérusalem ? Qui a raison : les Samaritains ou les Juifs ? Jésus tranche le problème (« le salut vient des Juifs » Jn 4,22) mais s’en éloigne aussitôt : il est Lui, la Source Vive, celui qui permet d’adorer Dieu « en esprit et en vérité » (Jn 4,23). Il est de notre responsabilité d’être témoins du Christ. Sinon, nos frères et sœurs continueront de boire une eau qui ne désaltère pas… voire de s’empoisonner en buvant des breuvages douteux ! Nous devons les conduire au Christ, qui sauve. C’est Lui notre espérance.
L’espérance ne déçoit pas, écrit Saint Paul aux Romains. Et il s’en explique en ajoutant : « Le Christ est mort pour les impies que nous étions […] ; la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5,6-8). C’est absolument inouï ! Dieu nous aime au point de mourir pour nous, pécheurs. C’est l’expérience que fait la Samaritaine dans sa rencontre avec l’homme de Dieu, Jésus, ce prophète juif qu’elle rencontre au bord du puits. Un homme de Dieu ose venir à elle, en sachant tout ce qu’elle a fait. « Ne serait-il pas le Christ ? » (Jn 4,29).
Or qu’a-t-elle fait ? Elle a eu une vie amoureuse volage. Elle en est à son cinquième compagnon… Quel est le péché dans cette affaire ? Aimer c’est une chose bonne et l’amour humain est bon. Mais cet amour, elle l’a brisé à cinq reprises, pour trouver mieux, pour trouver un autre, plus à l’écoute, plus aimable, plus attirant, plus délicat, que sais-je ? Elle a cherché l’amour, mais elle a trop peu aimé. Elle n’a pas non plus eu confiance dans l’amour. Elle n’a pas eu confiance dans la capacité de l’amour à guérir les blessures. Elle n’a pas eu confiance dans l’amour éternel du Dieu d’Abraham, du Dieu de Jacob, l’ancêtre qui a creusé le puits où elle vient boire et qui lui enseigne la fidélité envers et contre tout. Elle désirait être aimée et elle ne s’est pas laissée aimer. Et lorsqu’elle rencontre le Christ, elle découvre enfin le véritable amour. Elle découvre l’amour fait chair, celui qui est le véritable époux.
Cette rencontre, nos frères et sœurs catéchumènes l’ont faite pour la plupart. Dieu est venu frapper à la porte de leurs cœurs blessés et il leur a révélé sa sainteté. En effet, beaucoup des nouveaux convertis sont blessés par la vie. C’est pourquoi sur le chemin vers le baptême, nous demandons à Dieu de les purifier de tout péché par son amour. Et nous aussi, frères et sœurs baptisés, nous demandons à Dieu, plus instamment en ce temps du Carême, d’être relevés du péché, notamment par le sacrement de la réconciliation. Le Christ va nommer à la Samaritaine son péché. Elle va reconnaître sa faute. C’est ce dialogue en vérité qui ouvre son cœur à la grâce de Dieu.
Notre liberté humaine a besoin de s’ajuster, tout au long de notre vie, à la liberté divine, pour que notre amour puisse répondre à son amour. Et cela passe par des combats. Cela passe par des déserts… comme le peuple d’Israël dans le livre de l’Exode, alors qu’il est déjà passé par l’eau de la Mer Rouge, qui préfigure le baptême, il se trouve à cheminer dans le désert, qui préfigure notre Carême. Pour adorer Dieu en esprit et en vérité, il nous faut, année après année, vivre ce chemin qui nous rapproche de Dieu, comme une vis s’enfonce plus profondément dans le bois tour après tour. Ce combat pourrait être désespérant. Et à vrai dire, c’est une tentation bien réelle. Autour de nous, de nombreux chrétiens pourraient témoigner avoir été tentés par le désespoir dans leur chemin de foi. Après avoir dit oui à Dieu une première fois, par le baptême, ou par un engagement adulte dans l’Église, voilà qu’un second oui est nécessaire. Quand plus rien ne semble avoir de sens. Quand on s’éloigne, insensiblement de Dieu. Alors, il nous faut revenir à notre rencontre avec Dieu. Comme le peuple dans le désert, qui semble avoir oublié tout ce que Dieu a fait pour lui.
Tous les baptisés ont besoin de ce temps de la mémoire. Faire mémoire de l’œuvre de Dieu dans notre vie et dans la vie de l’Église vient nourrir notre espérance. On s’appuie sur le passé pour aller vers l’avenir. D’ailleurs quelqu’un qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il s’en va. C’est le chemin auquel nous invite l’épître aux Romains : Dieu nous aime, puisqu’il a donné sa vie pour nous. Donc nous pouvons avancer avec confiance. Car l’espérance ne déçoit pas ! Nous sommes invités à ouvrir notre cœur pour entendre la Parole de Dieu et recevoir Jésus comme source abondante de vie, pour entrer dans un mouvement d’adoration et d’action de grâce suscité en nous par l’Esprit Saint.
