A PÂQUES 03 LUC 24,13-35 (19)

Chimay : 19.04.2026

EmmasFrères et sœurs, les textes de la Parole de Dieu de ce dimanche nous apportent des témoignages sur la résurrection de Jésus. Nous avons tout d’abord celui de l’apôtre Pierre dans les Actes des Apôtres (Ac 2,14-23). Dans sa vie, il y a eu un changement radical. Nous nous rappelons de sa réponse quand Jésus avait annoncé sa Passion, sa mort et sa résurrection, et où Jésus réprimande Pierre qui refusait l’idée de la Passion et de la Croix. Il ne supportait pas cette idée. Ça ne correspondait pas au concept qu’il se faisait du Messie (Mt 16,23 ; Mc 8,33). Et quand Jésus a été arrêté, il a eu tellement peur pour sa vie qu’il a affirmé ne pas faire partie de son groupe. Par trois fois, il l’a renié. Le reniement de saint Pierre est un épisode clé de la Passion du Christ, relaté dans les quatre Évangiles, où l’apôtre Pierre nie connaître Jésus par trois fois pour sauver sa vie après son arrestation. Cet événement, survenu dans la cour du grand prêtre, se réalise avant le chant du coq, comme Jésus l’avait prédit. « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois » (Mc 14,72 ; Lc 22,62). Et il fondit en larmes.

Mais au jour de la Pentecôte, tout est changé : les apôtres ont reçu l’Esprit Saint. Désormais, Pierre peut témoigner avec force et courage : « Ce Jésus que vous avez fait mourir sur la croix, Dieu l’a ressuscité » (Ac 2,23-24). Sa mort n’est pas un échec. Il est vivant pour toujours ; tout cela était annoncé dans les Écritures, Moïse, les psaumes, les prophètes. Désormais, il faudra relire tout l’Ancien Testament à la lumière de la résurrection de Jésus. Cette Bonne Nouvelle a été annoncée d’abord au peuple juif, puis très tôt aux païens. Il faut que le monde entier le sache : avec Jésus, la mort n’a pas le dernier mot ; le projet de Dieu débouche sur la vie. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et la vie en abondance » (Jn 10,10).

Cet appel de Pierre à la Pentecôte, nous le retrouvons dans la lecture de sa première épître : « Ce Jésus qui est mort et ressuscité est le sauveur de tous les hommes. Ce n’est pas l’or et l’argent qui nous ont rachetés de la conduite superficielle de nos pères ; c’est par le sang précieux de Jésus Christ que nous sommes purifiés ; c’est pour nous et pour la multitude qu’il a offert sa vie et versé son sang. Son amour dépasse tout ce que nous pouvons imaginer » (1 Pi 1,17-21). Nous sommes invités à recevoir ce discours de Pierre comme un appel à une véritable conversion.

L’évangile de ce dimanche nous rapporte ce qui s’est passé à la suite de la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs. C’était au soir du premier jour de la semaine, c’est-à-dire le dimanche de Pâques. Jésus venait d’être arrêté, condamné et mis à mort sur une croix. Les deux disciples l’avaient vu enfermé dans son tombeau. Pour eux, tout était fini. Ils étaient complètement démoralisés. Il ne leur restait plus qu’à retourner chez eux, à Emmaüs.

Or voilà que sur la route du retour, un inconnu les rejoint. C’est Jésus mais ils ne le reconnaissent pas. Pour le reconnaître, il leur faudra deux étapes importantes : tout d’abord l’explication des Écritures ; Jésus les laisse parler de leur désarroi ; puis il reprend tout ce qui est dit à son sujet par Moïse, les prophètes et les psaumes… Dans un deuxième temps, il y a eu ce qui s’est passé à la maison : ils l’ont reconnu à la fraction du pain. Alors tout a changé pour eux. Malgré l’heure tardive, ils repartent à Jérusalem pour annoncer la Bonne Nouvelle aux onze apôtres.

Ce même Jésus, nous le rencontrons à chaque messe. Il renouvelle pour nous ce qu’il a fait pour les disciples d’Emmaüs. Il nous éclaire par sa Parole et il nous partage son Pain eucharistique. Nous devons alors nous poser une question de la plus haute importance : Qu’en reste-t-il quand nous repartons ? Avons-nous le même enthousiasme et le même état d’esprit que les disciples d’Emmaüs ? Peut-être que nous ne vivons pas assez nos messes comme un temps fort. Chaque semaine, nous sommes appelés à nous nourrir à la table de la Parole et à celle de l’Eucharistie. Si nous avons vraiment rencontré et accueilli le Seigneur, nous comprenons qu’il nous reste à faire la même chose que les disciples d’Emmaüs : repartir avec le même enthousiasme qu’eux et l’annoncer aux autres.

Les disciples d’Emmaüs sont donc repartis à Jérusalem. Ils y retrouvent les onze apôtres. Ils se disent les uns aux autres ce qu’ils ont vécu : C’est vrai, le Christ est ressuscité. Il est vivant. Il est apparu à Pierre. Or voilà que Jésus lui-même se montre à eux. Il vient concrétiser la promesse qu’il avait faite quelques temps plus tôt : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18,20). Nous qui nous rassemblons à l’église le dimanche, nous ne voyons pas le Seigneur ; mais il est là présent pour raviver notre foi et nous préparer à la mission qu’il nous confie.

Tenons-nous au bord de la route en ce jour où les pèlerins rentrent chez eux après avoir fêté la Pâque à Jérusalem. Deux d’entre eux, fatigués, découragés, passent d’un pas lourd... Mais quelques heures plus tard, de nuit, nous les voyons faire le chemin en sens inverse, courant presque, joyeux et pleins d’énergie. Ce retournement physique est le fruit d’une rencontre bouleversante et d’un profond retournement intérieur. Ils attendaient un libérateur puissant pour Israël, ils ont compris que le Messie devait souffrir avant d’être glorifié. Leur esprit était sans intelligence, leur cœur est devenu tout brûlant. Ils ne reconnaissaient pas Jésus tant qu’il était visible, leurs yeux se sont ouverts alors qu’il devenait invisible. L’absence est devenue présence.

Le compagnon de Cléophas n’est pas nommé, sans doute pour que chacun de nous puisse se mettre à sa place. Car Jésus nous rejoint encore sur la route, il ouvre nos cœurs aux Écritures et nous partage le Pain. Notre foi en la Résurrection est désormais celle d’Emmaüs, une foi qui s’enracine dans la Parole de Dieu et qui reconnaît le Christ non parce qu’il est visible, mais par le signe du partage eucharistique qu’il nous a laissé en mémoire de lui.