A PENTECÔTE JEAN 20, 19-23 (18)

 Chimay : 24.05.2026

Pentecote2026

Frères et sœurs, nous sommes rassemblés en ce dimanche pour fêter la Pentecôte. Alors nous pouvons nous poser la question : quelle est l’origine de cette fête ? Que représente-t-elle pour nous ? Dans notre monde sécularisé, beaucoup ont oublié. Le risque est grand de réduire cette fête à un long week-end. De plus, les fêtes civiles organisées à cette occasion peuvent amplifier la confusion. Il s’agit d’un week end prolongé idéal pour une escapade trois jours à la fin du printemps. Il est donc important que nous allions à la source et au cœur de notre foi.

La Pentecôte trouve son origine dans l’Ancien Testament, bien avant Jésus Christ. Cette appellation vient d’un mot grec qui signifie “cinquantaine”. Au départ, on célébrait la première moisson des blés, en Palestine évidemment. C’était une fête joyeuse où l’on remerciait Dieu pour les dons de la nature. Et nous, en faisons-nous une fête d’action de grâce pour tous les biens qu’il nous donne ? Plus tard, cette fête prendra une signification nouvelle. Sous la direction de Moïse, le peuple d’Israël avait été libéré de l’esclavage. Il avait traversé la Mer Rouge pour aller vers la Terre promise. Chaque année, on célébrait la Pâque pour commémorer cet événement. Et cinquante jours plus tard, on célébrait la Pentecôte, c’est-à-dire le don de la loi à Moïse sur le Sinaï. Cinquante jours après Pâques, nous célébrons, nous, le don de l’Esprit à l’origine de l’Église. Nous faisons mémoire de ce jour de Pentecôte où l’Esprit descendit avec puissance sur les disciples « réunis tous ensemble » (Ac 2,1) dans une maison. Le jour de la Pentecôte, il y eut dans la communauté une expérience très forte du don de l’Esprit, qui poussa les disciples hors de la maison où ils se trouvaient. Alors, ils se mirent à proclamer les merveilles de Dieu publiquement et d’une manière compréhensible à tous. Tel fut le point de départ de la mission évangélisatrice de l’Église, qui, désormais, ne s’arrêtera plus.

Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes les bénéficiaires d’un nouveau Sinaï. Dieu donne son souffle saint aux disciples. Désormais, la loi de Dieu n’est plus « inscrite sur la pierre mais dans les cœurs » (2 Co 3,3). Cette expression fait référence à un passage de la deuxième épître aux Corinthiens, qui oppose l’ancienne alliance, la Loi inscrite sur la pierre – les tables de la Lois – à la nouvelle alliance écrite dans les cœurs. Cette alliance entre Dieu et les hommes ne se limite pas au seul peuple d’Israël. Elle est offerte à tous les hommes du monde entier. Certains voudraient une Église ou les chrétiens seraient bien entre eux. Ce n’est pas cela que Jésus a voulu. Pour le comprendre il suffit de lire les textes bibliques de ce dimanche. « Le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20,21).

Le livre des Actes des Apôtres (Ac 2,1-11) nous dit que les disciples étaient enfermés en un même lieu. Ils n’étaient qu’entre eux. Or voilà que le jour de la Pentecôte, ils sont remplis de l’Esprit Saint. Ils sont poussés dehors pour proclamer les merveilles de Dieu. Pour en parler, saint Luc utilise un langage très imagé. Il y est question de vent et de feu. Comme un vent violent, l’Esprit Saint emporte la peur des apôtres. Comme un feu puissant, il chasse leurs ténèbres ; il illumine leur nuit. Devant la foule, les apôtres se mettent à proclamer les merveilles de Dieu. La première de ces merveilles, c’est l’annonce de Jésus Christ mort et ressuscité. Ils n’ont plus peur de témoigner, même devant ceux qui l’ont fait mourir sur une croix. C’est un exemple frappant de ce que le pape François appelait une Église en sortie, aux périphéries.

L’Esprit Saint que les apôtres ont reçu est appelé « l’Esprit de Vérité » : « Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir » (Jn 16,13).  Nous nous rappelons qu’un jour, Jésus a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va au Père sans passer par moi » (Jn 14,6). Aller vers Jésus, c’est aller vers la vérité ; écouter Jésus, c’est accueillir la vérité ; c’est se laisser imprégner de l’amour qui est en Dieu. Cela ne sera possible que si nous avons un cœur de pauvres. Certains sont imbus de certitudes qu’ils pensent être et avoir la vérité. Mais ces certitudes ne résistent pas au souffle de la Pentecôte. Ce qu’il faut annoncer au monde, c’est d’abord Jésus mort et ressuscité.

Cet événement de la Pentecôte est aussi une Bonne Nouvelle pour nous. Comme les apôtres au soir de Pâques, nous vivons parfois avec la peur au ventre. Nous verrouillons les portes ; nous nous replions sur nous-mêmes. Dans un monde indifférent ou hostile à la foi chrétienne, il y a de quoi être inquiet. Mais comme au soir de Pâques, Jésus nous rejoint. Sa première parole est un souhait de paix : « La paix soit avec vous » (Jn 20,21). Cette salutation trois fois répétée vient renforcer la joie des apôtres et la nôtre. Ce qui est encore plus merveilleux, c’est qu’il continue à nous faire confiance malgré nos infidélités. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Le Christ compte sur nous pour être les messagers de l’Évangile et pour cela, il nous donne l’Esprit Saint. Le souffle du Christ ressuscité, c’est l’Esprit Saint qui, par les disciples, porte son pardon au monde entier.

Nous sommes donc envoyés pour annoncer l’Évangile. Comprenons bien, il ne s’agit pas de répéter un message appris par cœur comme si le sens était donné une fois pour toutes. Nous vivons dans un monde qui a beaucoup changé. L’Esprit Saint est là pour nous inviter à le rejoindre dans ce qu’il vit. Il vient nous rappeler que ce qui est premier, ce n’est pas le confort matériel ni l’argent mais la personne. Le Christ ressuscité nous entraîne à le suivre et à aimer comme lui et avec lui. A la suite des apôtres, l’Église d’aujourd’hui est appelée à communiquer la paix et à manifester le pardon. Cette œuvre peut paraître impossible face aux défis du monde moderne. Mais au souffle de l’Esprit, le rêve de communion fraternelle peut devenir réalité.

Comme dans l’Ancien Testament, le feu et le vent manifestent la présence de Dieu. Les textes de ce jour nous décrivent chacun à sa manière l’action de l’Esprit Saint dans nos vies. Les disciples se mettent à parler d’autres langues, au point que tous ceux qui sont là pour la fête les entendent parler dans leur langue maternelle. Aujourd’hui encore, c’est l’Esprit qui éclaire les cœurs et les intelligences et les dispose à recevoir l’Évangile. Saint Paul nous rappelle qu’« à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien » (1 Co 12,7) : sagesse, connaissance, prophétie, guérison, discernement... Autant de charismes reçus dans l’Église pour le bien de tous. « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie... Recevez l’Esprit Saint... » (Jn 20,21). Comme les Apôtres, Jésus nous envoie. Il nous revêt de la force de l’Esprit pour que nous devenions ses témoins et portions à chacun une parole de libération et de pardon. « La paix soit avec vous » (Jn 20,21).

Pentecôte 2026