A 21 MATTHIEU 16, 13-20 (16) Scourmont : 23.08.2026
Frères et sœurs, les lectures bibliques de ce dimanche nous montrent des hommes qui ont été appelés par Dieu pour une mission bien précise. À qui Dieu confie-t-il des missions ? Dans le texte d’Isaïe (Is 22,19-23), c’est Eliakim qui est appelé. Il reçoit l’investiture pour remplacer un serviteur royal devenu trop ambitieux. Isaïe attend d’Eliakim, le nouveau gouverneur de Judée, qu’il soit un père pour ses administrés. Nous ne savons rien de la vie d’Eliakim. Son nom signifie “Dieu l’a suscité”. II fait partie de ceux que Dieu a choisis pour conduire son peuple : « Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda » (Is 22,21). Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que ce n’est pas nous qui nous donnons une mission. C’est Dieu qui nous choisit, nous appelle et nous envoie. Il compte sur nous pour participer à son œuvre de salut du monde. C’est à nous d’y collaborer.
Saint Paul a, lui aussi, été suscité par Dieu. Au départ, c’était un pharisien persécuteur des chrétiens. Puis un jour, il a rencontré Jésus sur le chemin de Damas. Cette rencontre a été pour lui le point de départ d’un véritable bouleversement. Le persécuteur acharné est devenu un grand témoin de la foi auprès des païens. Dans le passage que nous venons d’entendre (Rm 11,33-36), il proclame avec enthousiasme les gestes de Dieu : « Tout vient de toi, Seigneur ». Paul rend gloire à Dieu qui s’est révélé au cours des siècles par son œuvre d’amour. Tous les hommes, juifs et païens, sont appelés à devenir ses fils. Si Dieu a suscité le peuple d’Israël, c’est pour partager avec l’humanité tout entière ce bonheur d’être aimé de Dieu. Voilà une Bonne Nouvelle qui doit nous réjouir le cœur.
Dieu aura compassion de tous ; mais on a le sentiment que Paul est dépassé par l’audace de son affirmation. Il a conscience qu’avec cette affirmation, il est arrivé au plus près du mystère du salut. À ce point, il ne reste plus que l’exclamation de louange. Le mystère de Dieu, c’est que « ses jugements sont insondables et ses voies incompréhen-sibles » (Rm 11,33). Avec mon intelligence et mon raisonnement, je ne peux arriver à cette connaissance, c’est pourquoi, avec Paul, je suis invité à déposer mes raisonnements pour accueillir la seule grâce de Dieu.
Nous avons tendance à ne voir que nos petites communautés. Depuis la Pentecôte, les disciples du Christ sont suscités pour sortir. Ils sont envoyés dans un monde hostile ou indifférent pour témoigner de l’amour qui est en Dieu. Comme Paul, beaucoup le font au péril de leur vie. La mission de l’Eglise n’est pas de se sauver elle-même mais de sauver le monde. Et c’est en vue de cette mission que le Seigneur nous envoie son Esprit Saint.
Dans l’Evangile, c’est Pierre qui est suscité par le Christ. Il est appelé à être la pierre sur laquelle Jésus édifiera son Eglise. Cette promesse fait suite à la question qu’il vient de poser : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16,15). Et c’est précisément Pierre qui répond par une belle profession de foi : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu » (Mt 16,16). Il reconnaît en lui le Fils du Dieu vivant, le Fils bien-aimé et unique.
En réponse à cette belle proclamation de sa foi, Jésus change le nom de Simon : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et la puissance de la mort n’aura pas de prise sur elle » (Mt 16,18). Parmi les apôtres, Pierre est le seul qui ait entendu Jésus lui dire : « Heureux es-tu ! » ; il est le seul aussi qui ait reçu d’aussi solennelles promesses : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… » Jésus lui a encore dit : « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras revenu, tu affermiras tes frères dans la foi ». Toutefois, dans notre Eglise ébranlée par toutes sortes de choses, il nous arrive de ne pas avoir confiance en son avenir. Nous manquons de foi, nous manquons de cœur. Rappelons-nous que Jésus bâtit son Eglise sur la foi de Pierre, comme sur un roc solide. Par notre foi, nous sommes aussi les pierres vivantes qui édifient l’Eglise d’aujourd’hui. À la suite de Pierre, nous sommes invités à proclamer dans nos milieux que le Christ est vivant, qu’il est vainqueur de toutes les formes de mort.
Pierre est choisi par Jésus comme fondement de cette Eglise qu’il bâtira tout au long des siècles. Cette Eglise défiera les forces de mort et de destruction. Jésus donne à Pierre et à ses successeurs le pouvoir sur son domaine. Ils devront continuer son enseignement, établir des règles de gouvernement de ce nouveau peuple de Dieu et réconcilier les pécheurs. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes suscités pour participer activement à cette mission. La Bonne Nouvelle doit être annoncée à tous, jusqu’aux “périphéries”. Le problème de nos communautés, c’est qu’elles n’ont pas toujours ce souci missionnaire. Beaucoup se contentent d’un “programme minimum”. C’est une gêne par rapport aux martyrs d’autrefois et d’aujourd’hui qui n’ont pas hésité à donner leur vie pour le Christ. Et surtout, c’est un affront à Celui qui nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur une croix.
Dieu a suscité Eliakim puis ses apôtres Pierre et Paul. Aujourd’hui, c’est à nos communautés qu’il fait appel. Il compte sur nous pour que la Bonne Nouvelle soit répandue dans le monde entier. Un jour, nous aurons à rendre compte de cette mission. Le Seigneur attend de nous que nous donnions le meilleur de nous-mêmes dans l’annonce de l’Évangile.
Cette mission nous rejoint dans un monde où beaucoup de portes sont fermées. Pensons à tous ceux et celles qui sont enfoncés dans leur passé et leur mauvaise réputation. Pensons encore aux indifférents, aux personnes hostiles. Le monde se méfie d’eux. Avec Jésus et avec nous tous, la Bonne Nouvelle doit être annoncée aux petits, aux pauvres et à tous ceux et celles qui se sentent inutiles aux yeux du monde. Nous sommes envoyés vers eux pour leur dire « qu’ils ont du prix aux yeux de Dieu » (Is 43,4). Au minimum, depuis notre baptême nous est confiée la mission de prier pour tous les hommes.
C’est pour mieux répondre à cet appel que nous venons chaque dimanche à l’Eucharistie. C’est là que nous nous nourrissons de la Parole et du Corps du Christ pour la mission qui nous est confiée. Le Seigneur nous précède chaque jour auprès des hommes, des femmes et des enfants qu’il met sur notre route. Il est avec nous pour que nous soyons de vrais témoins de son amour.
