A 22 MATTHIEU 16, 21-27 (18) Chimay : 30.08.2026
Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche sont un appel à suivre les pensées de Dieu plutôt que celles des hommes. C’est ce qui s’est passé pour le prophète Jérémie (Jr 20,7-9). Dieu lui a confié une mission extrêmement difficile. Il a été envoyé pour appeler le roi, les prêtres et le peuple à se convertir. Il leur annonce de la part de Dieu que leurs fautes auront des conséquences dramatiques. À plusieurs reprises, le prophète a essayé de se soustraire à cette mission qui lui a causé bien des ennuis. Tenté de taire la parole de Dieu qui ne lui apporte que des moqueries, il n’y parvient pas. Elle est comme un feu dévorant qu’il ne peut maîtriser. Il a été séduit par plus grand que lui.
L’épître aux Romains (Rm 12,1-2), rapporte le témoignage de saint Paul. Nous savons qu’au départ, il pensait sauver l’honneur de Dieu en persécutant les chrétiens ; mais un jour, il a été saisi et entièrement transformé par le Christ sur le chemin de Damas. Il a abandonné ses certitudes pour s’ajuster au vrai Dieu qui est amour. Aujourd’hui, il nous recommande de ne pas prendre pour modèle le monde présent. Ce qui est important, ce n’est pas ce que nous pouvons penser mais ce que le Seigneur nous apprend dans son Évangile ; c’est pour nous un appel à renoncer aux idées ambitieuses du monde et à changer nos cœurs et nos esprits afin de pouvoir vivre en chrétien.
Avec l’Évangile, nous arrivons à un moment crucial de la vie de Jésus : il vient de vérifier que Pierre et les autres disciples croient en lui comme Messie. Nous nous rappelons que cet évangile se terminait par la consigne du silence. Aujourd’hui, nous comprenons mieux pourquoi. C’est vrai, Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant. Mais dans l’esprit de Pierre, il y a une confusion : Comme la plupart des gens de son pays, Pierre attendait un Messie qui prendrait le pouvoir et chasserait l’occupant romain de son pays. Or voilà que Jésus annonce qu’il doit « partir à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour ressusciter » (Mt 16,21). Jésus est un Messie qui va mourir de mort violente. Le supplice de la croix était la torture la plus terrifiante. Pour les juifs, c’était le sommet de la honte. C’était le signe visible de la malédiction divine.
Pas glorieux comme perspective. La croix nous effraie, tout comme elle effrayait Pierre. C’est pourquoi nous comprenons la réaction de Pierre. Peu de temps auparavant, il avait entendu la voix du Père disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le » (Mt 3,17). Aujourd’hui, Pierre ne comprend plus. Il refuse le destin tragique d’un Messie promis à la croix et il le dit. Jésus le réprimande car ses pensées ne sont pas « celles de Dieu mais celles des hommes » (Mt 16,23). Sans s’en rendre compte, Pierre joue le rôle de Satan, le tentateur. Il barre la route à Jésus au lieu de le soutenir et de marcher avec lui. Et nous trouvons là ce qu’on pourrait appeler le premier reniement de Pierre.
L’intervention de Jésus face aux propos de Pierre n’est pas sans rappeler son dialogue avec Satan au moment des tentations au désert, qu’on nous lit le premier dimanche du Carême. Pierre envisage de demander à Dieu que la réalité devienne facile, que rien ne résiste à ses désirs ou que toutes les expériences soient agréables à vivre. Il ne veut pas porter sa croix, au sens où il ne veut pas vivre ce qui est à vivre de pénible. Jésus refuse d’entrer dans cette vision des choses. Il sait que se confronter à la réalité, c’est ne pas fuir les escarpements qui se présentent, sans pour autant les rechercher volontairement. Fermement, Jésus invite Pierre à ne pas fuir, à faire confiance et à avancer dans cet avenir incertain, mais toujours ouvert et surprenant. Et si porter sa croix signifiait cheminer dans sa propre vie sans rien d’extraordinaire ?
Précisément, allons voir que s’est-il passé pour que Pierre soit appelé Satan tout juste après avoir professé que Jésus est le Messie ? Et les vifs reproches que le premier disciple fait à son maître : non, cela ne doit pas arriver ! Pierre refuse la mort de Jésus. Saint Augustin éclaire ce refus dans un sermon. « Pierre fut terrifié à l’idée de cette mort, ne voulant pas que le Seigneur l’accepte ». L’Apôtre aime sincèrement son maître, « mais d’un amour trop charnel ». Notre amour du Christ peut ressembler à ce refus de Pierre : il est sincère mais il a peur de la mort. Nous avons du mal à entendre l’appel difficile à prendre notre croix et à suivre Jésus. Pourtant, la peur de la mort n’est pas la vérité de la foi. C’est une appréhension, assurément naturelle, mais que Jésus vient transfigurer. « Si Dieu devait mourir, c’est dans la nature même où il devait ressusciter », ajoute saint Augustin. Le chemin du Messie est éclairé par sa résurrection. Pierre voulait donc, « sans le savoir, tenir fermé le trésor d’où sortirait notre salut ». Au cours de notre vie, nous avons des décisions à prendre, nous avons des refus et des consentements à poser. Certaines appréhensions, bien naturelles, peuvent nous enfermer dans la peur. Alors, avec le prophète Jérémie, laissons-nous séduire par le feu dévorant de Dieu, au plus profond de notre être. Afin d’en faire, comme Pierre après la Résurrection, une Pentecôte.
Nous vivons dans un monde qui recherche la gloire, les honneurs et surtout l’argent. Mais le risque est grand d’oublier que nous sommes nés pour aimer. Dieu qui est amour nous a créés pour nous rendre participants à son amour. Il nous appelle à progresser dans l’amour et à offrir notre vie par amour pour Jésus et pour nos frères.
L’évangile d’aujourd’hui nous rejoint dans ce que nous vivons, en particulier dans nos tentations. Comme Pierre, il nous arrive souvent de nous éloigner des pensées de Dieu. Nous rêvons un peu trop d’une Église triomphante. Le pape François nous mettait en garde contre le risque d’être des “mondains” en nous laissant entraîner par les idées du monde. Là encore, le pape François nous disait que ces chrétiens ressemblent à du vin coupé avec de l’eau. On ne sait pas s’ils sont chrétiens ou mondains. Ils sont comme le sel qui perd de sa saveur parce qu’ils sont livrés à l’esprit du monde.
Voilà pour aujourd’hui des textes de la Parole de Dieu qui nous provoquent à nous ajuster à Dieu et à son projet. C’est une conversion de tous les jours qui ne sera possible que dans la méditation de l’Évangile chaque jour et dans la prière. Si nous le voulons bien, le Christ sera toujours là pour nous guider sur le chemin de la vie et nous accompagner dans notre lutte contre la tentation. Avec lui, les forces du mal n’auront jamais le dernier mot. Il en a été victorieux et il veut nous associer tous à sa victoire.
