A 25 MATTHIEU 20,01-16a (18) Chimay : 20.09.2026
Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous adressent un appel pressant à chercher Dieu : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver » nous dit le prophète Isaïe (Is 55,6). Et il ajoute : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Is 55,8). Dieu est toujours déconcertant. Ses pensées ne sont pas les nôtres. Si elles l’étaient, il ne serait pas Dieu, mais le reflet de nos propres pensées. Il y a un grand écart entre nos chemins et ceux de Dieu. C’est le péché qui a creusé cet écart entre l’homme et le Dieu très saint. Mais cet abîme n’est pas insurmontable, car c’est Dieu qui fait le premier pas vers nous. Par sa miséricorde et son pardon, il se fait proche et se laisse trouver. Tout son être est un message de miséricorde. Il est urgent que chacun de nous saisisse cette réalité salutaire. Cela n’est possible que si nous faisons tout pour nous ajuster aux chemins et aux pensées de Dieu. Car comme nous l’avons prié avec les paroles du Psaume 144 : « Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent ».
L’apôtre saint Paul a bénéficié de cette générosité de Dieu. Sa rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas a été pour lui le point de départ d’un véritable retournement. C’est de cela qu’il a témoigné tout au long de son ministère. II sait qu’il va être condamné à mort par les autorités civiles. Il affirme que, pour lui, ce serait un bien car il serait pour toujours avec son Seigneur. Mais si, en restant dans ce monde, il peut se rendre utile aux communautés chrétiennes, il est prêt à continuer à travailler pour elles. Il renonce à sa manière de penser pour s’ajuster à celle de Dieu (Ph 1,20-27).
C’est dans ce sens que nous devons accueillir l’Évangile de ce dimanche. Cette parabole des ouvriers de la onzième heure, nous la connaissons bien. Car elle blesse le sens de la justice distributive. Et il y aura toujours quelqu’un pour dire : « Je ne suis pas d’accord ». En fait, cette parabole nous révèle un Dieu qui est trop bon. Qui veut être le Sauveur de tous. Qui appelle tous les hommes à travailler à la construction de son Royaume. Qui les appelle à toutes les heures de la journée et à tous les âges de leur vie. A travers cette parabole, Jésus nous révèle un Dieu qui ne demande qu’à les combler tous de son amour. Il ne se contente pas de donner à chacun la part qui lui revient. Il veut nous donner tout. Son grand projet, c’est de sauver tous les hommes. Et le salaire qu’il leur propose, c’est la Vie Éternelle.
Cet Évangile qui embauche est une explication à des gens qui n’ont rien compris au vrai Dieu. Quand Jésus fait bon accueil aux pécheurs et aux publicains, les pharisiens et les chefs religieux sont scandalisés. Ces derniers se considèrent comme bien plus méritants. Ils espèrent recevoir plus que les ouvriers de la dernière heure. Jésus voudrait les inviter à sortir de leur niveau mesquin et à ouvrir leur cœur à cet océan d’amour qui est en Dieu. Le Seigneur fait miséricorde. Il est « riche en miséricorde » (Ep 2,4) et plein de générosité. C’est vraiment une Bonne Nouvelle pour tous les pécheurs que nous sommes.
Le grand message que nous pouvons retenir de cet Évangile, c’est que Dieu est amour (1 Jn 4,8 ; 4,16). Nous avons l’habitude de le dire et de le chanter. Mais nous oublions souvent d’en tirer les conséquences pour notre vie. Trop souvent, nous nous représentons un Dieu à notre image. Nous oublions alors que ses pensées ne sont pas nos pensées. Dieu nous aime tous gratuitement et sans mérite de notre part. C’est vrai pour les ouvriers de la onzième heure comme pour ceux de la première. Comment ne pas penser à celui que nous appelons “le bon larron” (Lc 23,39-49) ? Ce bandit, condamné à mort pour ses méfaits, a été l’ouvrier de la dernière minute qui a su accueillir l’amitié de Dieu et qui a hérité du Royaume de Dieu, sans l’ombre d’un procès. La grande passion de Dieu, c’est de donner son amour à tous ceux qui l’acceptent, y compris à tous ceux de la dernière heure ou de la dernière minute.
Jésus embauche toute l’Église, et bien plus, toute l’humanité. La mission de l’Église n’est pas de se sauver elle-même mais de contribuer au salut du monde et à la gloire de Dieu. Cette embauche dure depuis des siècles. Et nous ne sommes pas encore au soir de la journée de Dieu. L’ère chrétienne ne fait que commencer. Dans tous les continents, ils sont nombreux ceux et celles qui attendent cet appel de Dieu. Le Seigneur compte sur nous pour témoigner de la Bonne Nouvelle de l’Evangile, c’est-dire de cette offre de salut pour tous les hommes. C’est l’appel que Jésus adresse à ses apôtres avant de rejoindre son Père le jour de l’Ascension : « Allez-donc, de toutes les nations faites des disciples : Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28,19).
Il est important de se rappeler ici que le Christ essaye d’enseigner une leçon aux Juifs. Ils étaient le peuple choisi et ils adoraient le seul vrai Dieu depuis tout temps. Cela ne voulait pas dire pour autant que les païens ne pouvaient pas recevoir les mêmes avantages que les Juifs. Le Christ désire faire de nous tous des saints et de nous couronner tous de gloire. Cependant, ceci exige que nous acceptions l’invitation du Seigneur et que nous nous mettions au travail. Cette parabole nous montre que Dieu est toujours le personnage principal. Il prend toujours l’initiative. Aucun de nous ne peut s’attribuer le mérite d’être sauvé. Ce n’est pas nous qui avons choisi Dieu. C’est le Christ qui nous a appelés et qui attend que nous portions des fruits qui durent (Jn 15,16).
Nous ne pouvons pas rester immobiles. Jésus est « le chemin, la vérité, et la vie » (Jn 14,6). Il est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (Jn 10,10). Jésus n’est pas avare, mais il n’est pas gaspilleur non plus. Il est vrai qu’il verse largement ses dons sur nous, mais il s’attend certainement à un retour sur son investissement. En bref, Jésus aime un chrétien de premier ordre. Il ne veut pas que nous ne restions sans rien faire face au mal et à l’injustice. En fait, la seule raison pour laquelle le mal continue à infester notre société, c’est parce qu’il n’y a pas assez de gens qui se lèvent pour défendre le bien. Benoît xvi disait que le meilleur moyen de changer le monde est de mettre Dieu à la première place dans notre vie. Il soutenait que « la foi est la force qui change le monde en silence, et le transforme en royaume de Dieu, et la prière persévérante en est précisément l’expression et la nourriture » (Homélie 20.10.2013).
Chaque effort compte. Imaginons ce qui pourrait se produire si nous commencions à prier plus et à faire tout ce que nous faisons pour la gloire de Dieu. Les sacrifices cachés et la pureté d’intention ont une valeur inestimable. Par exemple, il est difficile d’imaginer combien les prières et les sacrifices des priants sont puissants. De la même manière, il est difficile d’imaginer à quel point est méritoire le fait qu’une mère change les couches de son bébé avec amour. En ce sens on dit qu’un battement d’ailes au Brésil peut provoquer une tornade au Texas. D’ailleurs, qui peut évaluer la valeur d’un simple acte de bonté ? Qui peut sonder la réaction en chaîne cosmique de charité qui est lancée par une bonne action apparemment insignifiante ? Jésus essaye de nous ouvrir les yeux, à la valeur des tâches ordinaires, réalisées avec un amour extraordinaire. C’est pourquoi il engage à sa vigne.
