A 26 MATTHIEU 21, 28-32 (18)

Chimay : 27.09.2026

A26 2026

 

Frères et sœurs, des incohérences peuvent exister dans nos jugements. C’est ce qui se passait au temps d’Ézéchiel (Ez 18,25-28). Le prophète s’adressait à un peuple déporté loin de sa terre natale. La nation juive avait été disséminée en terre païenne. Beaucoup pensaient que c’était à cause des fautes des générations précédentes qu’ils subissaient une telle catastrophe. Le prophète réagit contre cette mentalité : il rappelle à chacun ses responsabilités ; si nous nous égarons, nous sommes tous appelés à réorienter notre vie vers le Seigneur et à le suivre.

 

Dans l’épître aux Philippiens (Ph 2,1-11), saint Paul nous donne des précisions sur ce que doit être cette conversion. Il nous parle de vie fraternelle, d’humilité et même d’abaissement. Notre modèle doit être le Christ. Il a accepté la mort par amour pour ses frères. C’est cette attitude qui lui a valu de triompher. Et c’est à ce triomphe sur la mort et le péché qu’il veut tous nous associer. Avoir les mêmes sentiments que le Christ, c’est être tout entier orienté vers le salut et la vie des hommes.

Dans l’Évangile, Jésus nous raconte la parabole des deux fils qui sont envoyés par leur père pour travailler à sa vigne. Ces enfants qui disent oui mais ne font rien, nous en connaissons tous. Quand on leur demande de faire quelque chose, ils savent dire un oui convaincant, mais une heure plus tard, on les retrouve devant leur ordinateur ou accrochés à leur téléphone portable sans avoir bougé le petit doigt. À travers ce constat, Jésus nous interpelle sur notre vie : « Vous avez de belles paroles mais vous ne faites pas ce que Dieu attend de vous. Votre vie n’est pas en accord avec ce que vous prétendez être. Vous croyez être parfaits, mais vous n’êtes même pas convertis ».

Au même moment, nous avons des mal-croyants notoires, des gens de mauvaise vie, voleurs et tricheurs, des femmes qu’on disait perdues : les uns et les autres étaient considérés comme irrécupérables. Or voilà qu’ils accueillent l’annonce du Salut : ils se convertissent et changent de vie. Leur “non” est devenu un “oui” parce qu’ils se sont repentis et ont cru à l’amour de Dieu qui les ouvrait à un avenir nouveau.

Pour comprendre ce passage d’évangile, il nous faut faire un effort et nous débarrasser de la mentalité moderne. Selon elle, nous faisons ce que nous voulons tant que nous ne gênons personne. Jésus propose une mentalité différente. Jésus suggère que non seulement nous écoutions, mais que nous accomplissions la volonté de Dieu. Aucun des deux fils de cette parabole n’a parfaitement réagi, mais au moins un des fils est revenu à lui et s’est repenti et est allé travailler à la vigne de son père.

Ce que Jésus dénonce, c’est l’orgueil mais aussi le mépris à l’égard du pécheur. Ce dernier est enfoncé dans son passé et sa mauvaise réputation. On ne lui laisse aucune chance, mais Dieu n’est pas ainsi. Comme nous l’a rappelé le prophète Ézéchiel, le juste peut se pervertir et le méchant se convertir. Jésus voit ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Il accueille le pécheur qui revient à Dieu. Les publicains et les prostituées avaient commencé par dire non à cet appel. Mais ils se sont convertis. Ils ont accueilli celui qui, seul, pouvait donner un sens à leur existence. Cette rencontre avec Dieu a complètement changé leur vie. Tout au long des évangiles, nous découvrons que les grands témoins de la foi sont des pécheurs pardonnés : saint Matthieu, Marie-Madeleine, Zachée, la Samaritaine, le bon larron, le fonctionnaire royal, la Cananéenne, Marie de Béthanie et tant d’autres anonymes.

Au-delà des grands prêtres et des anciens, Jésus s’adresse aussi à chacun et chacune de nous ; c’est à nous qu’il pose la question : « Lequel des deux fils a fait la volonté du Père ? » (Mt 21,31). La réponse nous appartient mais il ne faut pas oublier d’en tirer les conséquences : nous ne pouvons pas nous contenter de bons sentiments, de superbes résolutions, d’ardentes prières… il en faut bien sûr, mais si les actes ne suivent pas, nous ne sommes pas convertis, nous demeurons « des cymbales retentissantes » (1 Co 13,1). Une simple visite à un malade compte plus qu’un beau discours sur la maladie ; un geste de réconciliation a plus de poids qu’une dissertation sur la paix.

En ce jour, nous entendons la Parole du Père : « Mon fils, va travailler aujourd’hui à ma vigne ! » (Mt 21,28). Cette vigne c’est le « Royaume de Dieu, Royaume d’amour, de justice et de paix » (Pape François, Angélus 25.11.2018). C’est là que Dieu veut rassembler tous les hommes, y compris ceux qui sont loin de lui.

Travailler à la Vigne du Seigneur, c’est participer à cette œuvre de rassemblement, c’est témoigner de la foi et de l’espérance qui nous habitent. Nous sommes tous envoyés dans ce monde pour y être des messagers de l’Évangile. C’est à notre amour que nous serons reconnus comme disciples du Christ (Jn 13,35).

Faire le strict minimum révèle que peut-être Jésus ne vient pas en premier dans notre vie. Puisque nous vivons dans un monde où beaucoup vivent la foi de manière tiède – voire même sans foi – il est facile de penser que nous pratiquons notre foi de façon merveilleuse, voire exceptionnelle. Il est facile de penser ainsi, même quand nous vivons avec une faille grave dans le respect d’une vertu fondamentale, comme la charité.

Et si nous étions jugés dans notre christianisme de la manière dont nous sommes jugés pour un emploi ? Pourrions-nous conserver un emploi si nous ne faisions que le strict minimum, ou s’il nous manquait une des compétences de base nécessaires au travail ? Pourquoi penser pouvoir bâcler nos efforts quand il s’agit de Jésus ? Est-ce que j’oublie que Dieu le Père m’invite moi à travailler à sa vigne, l’Eglise, non pas comme un ouvrier, mais comme son fils ou sa fille ?

Le salut du monde dépend de moi. Suivre Jésus est la chose la plus importante que j’ai à faire dans ma vie. Il est plus important que n’importe quel travail que je ne pourrais jamais avoir. Il m’a donné une mission similaire à sa propre mission. Notre Seigneur veut me faire profiter des grâces non seulement pour moi mais pour beaucoup d’âmes que je ne connaîtrais peut-être même pas. Ces grâces pourraient être cruciales pour le salut de ces personnes. Certainement, si je suis marié, mon conjoint et mes enfants seront les premiers à bénéficier de la grâce que j’obtiens par mes prières, mes bonnes œuvres et mes sacrifices. Mais en plus, je n’ai aucun moyen de savoir combien d’autres dépendent de ma sainteté. J’ai besoin d’être prêt le moment venu pour rendre témoignage à Jésus et servir d’instrument fidèle de sa grâce pour ceux qu’il met sur ma route.

 « Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent » (Jn 10,27). On ne peut se contenter de dire : oui, Seigneur ; il faut faire la volonté du Père. Or, celle-ci peut nous être signifiée par des gens que nous estimons être loin de Dieu.