Homélies et conférences du Père abbé - Dom Damien Debaisieux

Vigile Pascale

(Mc 16,1-7)

                                                                                                                         Mars 2024

Christ est ressuscité ! Frères et sœurs, après plus de 40 jours de Carême où nous avons préparé nos cœurs, déblayé nos vies, pour pouvoir accueillir la nouveauté de Dieu ; après nous être réunis dans la nuit et le froid ; après avoir marché ensemble à la lumière d’une flamme fragile ; enfin, après avoir écouté longuement les Ecritures, nous être plongés dans l’histoire de l’Alliance, la Parole du salut ; un cri s’est fait entendre : « Il est ressuscité ! » Alléluia ! Ces quelques mots que nous attendions, nous mettent en joie, et surtout, à l’image de ces femmes envoyées en Galilée, nous mettent et nous remettent en route. Comme le disait Christian de Chergé dans un texte que nous avons entendu ce matin, « tout bascule. C'est le commencement absolu ». Avec la Résurrection, les femmes, et nous avec elles, nous entrons dans une ère nouvelle alors même que « tout semblait s’achever », que tout paraissait perdu, scellé comme une pierre ferme « l’entrée du tombeau » (3). Notre joie vient de ce commencement, de la découverte de la nouveauté, de l’irruption de la Vie dans nos vies jusque dans la mort. Nous voilà donc comme avec une grande page blanche qu’il nous faut écrire à l’encre de nos vies, de nos vies en Jésus Christ ressuscité. Et cela doit nous mettre en joie.

Jeudi saint

(Jn 13,1-15)

Mars 2024

Frères et sœurs, un jour, un moine âgé, qui n’est pas de cette communauté, m’a dit : « Jusqu’à mes 50 ans, j’ai fait ! J’ai fait, parce qu’on nous disait que vivre c’était faire. Et puis, on nous a dit qu’il fallait être avant de faire ! Alors j’ai essayé d’être. Et un jour j’ai compris, sur le tard, qu’il ne fallait ni être, ni faire, ou plus exactement pour être et faire, il suffisait de déposer sa vie. » Déposer sa vie, ne pas vouloir la maîtriser, la programmer, la retenir ; l’abandonner dans les mains d’un autre, faire confiance à la vie elle-même parce qu’elle nous est donnée, voulue par Dieu ; parce qu’elle est la vie de Dieu. Déposer sa vie, comme Jésus « dépose son vêtement » ; comme Jésus se donne tout entier à son Père, à son amour, à son écoute ; comme Jésus, aux pieds de ses disciples, qui se donne à eux sans rien se refuser. Et pour ce moine, déposer sa vie, c’était alors oser la rencontre avec l’autre, sans calcul, ni peur ; aller vers lui avec tout ce que nous sommes, même ce que nous ne connaissons pas encore, et qui se donnera justement dans cette rencontre. Et donner à cet autre, lui tendre, lui offrir ce qui ne nous appartient pas parce que donné gratuitement, gracieusement autant à lui qu’à nous.

4e dimanche ordinaire B

(Mc 1,21-28)

Janvier 2024

« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? » (24). Ce sont les mots de l’esprit impur dont nous parle saint Marc. Littéralement : « Quoi entre toi et moi ? » ou, autre traduction, « de quoi te mêles-tu ? ». Cette question, nous pourrions nous la poser. Qu’y a-t-il entre Jésus et moi ? Entre Jésus et nous, comme communauté monastique, comme communauté chrétienne ? Quelle est sa réelle place dans nos vies ? Dans quelle mesure est-il partenaire de notre quotidien ? Sa source et son but ? Finalement, qui est-il, ce Jésus ; qui est-il vraiment dans nos vies ?

Rameaux

(Mc 11, 1-10 ; 14, 1 – 15, 47)

                                                                                                                         Mars 2024

Frères et sœurs, après l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, nous avons vu comment il en a été expulsé, là encore dans un cortège, mais cette fois dans celui d’un condamné à mort. Nous avons entendu le complot et la trahison ; la frayeur et l’angoisse ; l’abandon et le reniement ; les faux témoignages ; les crachats, les gifles et les coups ; les moqueries, les injures et les insultes ; la condamnation et la croix ; l’obscurité et la déréliction ; la mort et le tombeau. Si je me livre à une si longue énumération, c’est pour deux raisons. D’abord, ces souffrances, et bien d’autres encore, relatent la Passion de Jésus, et cette passion nous touche, nous afflige. C’est la passion de l’envoyé de Dieu que, rameaux en mains, nous avons adoré, nous et la foule de Jérusalem. Mais, dans nos rêves de grandeur et de vie plus facile, nous n’avions pas réalisé que cette venue de Dieu jusqu’à nous se faisait sur un « petit âne » (11,7). « Celui qui vient au nom du Seigneur » (9) vient simplement, humblement, parce qu’il vient comme un homme, parce qu’il vient à hauteur d’homme et de nos vies. Et celui qui meurt sur la croix, si « vraiment, [il est] Fils de Dieu » (15,39), comme le dit le centurion de l’évangile, il est aussi vraiment homme : un homme parmi les autres, un homme qui incarne, symbolise, signifie tous les hommes et toutes les femmes. En conséquence, et c’est la deuxième raison, ces souffrances que je viens d’énumérer, ne sont donc pas seulement celles de Jésus il y a 2000 ans, mais celles du Christ crucifié dans notre humanité ; celles de l’amour et de la vie de Dieu rejetés de notre humanité ; celles de tant d’hommes et de femmes, d’hier et d’aujourd’hui, d’ici ou d’ailleurs, de nos villes ou nos villages, à Gaza ou au Congo, trahis, abandonnés, moqués, torturés, mis à mort.

2e dimanche ordinaire B

(Jn 1,35-42)

Janvier 2024

Frères et sœurs, quand quelqu’un frappe à la porte d’un monastère pour devenir moine, saint Benoît donne un critère essentiel de discernement : on « examinera avec attention si le novice cherche vraiment Dieu » (RB 58,7). Il s’agira donc de s’assurer que cette personne cherche Dieu, et non pas elle-même, une sécurité ou un avantage éventuel. Cette quête fondamentale nous renvoie évidemment à l’évangile que nous venons d’entendre avec la question de Jésus : « Que cherchez-vous ? » (38). Question adressée aux disciples de Jean-Baptiste qui le suivent ; question adressée aux moines ; mais question, bien sûr, adressée à chacun et chacune d’entre nous : « Que cherchez-vous ? », que cherchons-nous vraiment au cœur de notre quotidien ? Question essentielle qu’il nous faut prendre le temps, le silence, pour l’entendre et y répondre. Et si dans les évangiles synoptiques, c’est-à-dire les évangiles de Marc, Matthieu et Luc, la vocation – et je parle ici de la vocation de chacun, sans penser d’abord à une vocation religieuse ou sacerdotale - si donc la vocation dans ces évangiles est un appel – « suis-moi » - avec saint Jean, elle est une question : « Que cherchez-vous ? ». Et je dirais, une bonne question offerte à tous. D’ailleurs, si j’en avais le courage, je pourrais même arrêter cette homélie ici et vous inviter à prendre maintenant quelques minutes pour laisser résonner en vous cette question, vous laisser habiter par elle, la laisser « demeurer » (38) en vous, comme dit l’évangile. Ou encore, comme Samuel dans la première lecture, reprendre cette question et dire au Seigneur : « Parle, ton serviteur écoute » (1 S 3,10), et alors écouter, laisser cette parole, cette question travailler en vous. Comme nous le disons parfois, l’important n’est pas tant la réponse que la question elle-même parce qu’elle ouvre un espace et un chemin en nous. Mais je vais poursuivre quand même l’homélie car je sais qu’aujourd’hui ou demain, cette semaine, plus tard, vous prendrez ces quelques minutes pour écouter en vous cette question : Qu’est-ce que je cherche ?

Mercredi des Cendres

(Mt 6,1-6.16-18)

Février 2024

Frères et Sœurs, par trois fois dans cet évangile, nous avons entendu ces mots : « ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (4.6.18). Et si c’était ça le Carême : Dieu qui voit dans le secret ; et Dieu, qui rend, qui veut donner, qui veut se donner ?

Marie, Mère de Dieu

(Lc 2,16-21)

                                                                                                             2024

 Frères et sœurs, le Messie était espéré par tout un peuple. On l’attendait triomphant, Roi de la lignée de David ; un Messie glorieux et évident. Et voilà que les premiers chrétiens reconnaissent et proclament ce Messie dans la figure du fils d’un charpentier, originaire de la Galilée des Nations, du village ignoré de Nazareth, condamné par les grands prêtres, mis à mort par une infamante crucifixion et, selon eux, ressuscité. Il y a entre l’idée que l’on se faisait de lui et ce Jésus, un hiatus, un gap dirait-on aujourd’hui, un fossé apparemment infranchissable. Et c’est ce même fossé qui sépare la mort de la vie, ou encore qui oppose les deux termes que nous utilisons aujourd’hui pour célébrer Marie : Mère de Dieu. Comment une femme mortelle peut-elle être la mère du Dieu éternel ?