25ème dimanche du temps ordinaire    A  (20 septembre 2026)

Mt, 20, 1 – 16  

 

      «  Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun                 une pièce d’argent. » 

Imaginez un instant, frères et sœurs, un chef d’entreprise qui emploierait des méthodes pareilles ! Ce serait à coup sûr la grève dans les jours qui viennent. 

Mais, regardons bien le texte. Jésus a bien dit qu’il ne parlait pas d’une entreprise comme les autres. Sa première phrase nous l’indique : « Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine... » D’entrée de jeu, nous savons qu’il est question du Royaume , et nous savons bien, Isaïe vient de nous le rappeler, que les  pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. 

Si nous regardons la traduction de la Bible de Jérusalem, au début de l’Evangile qui vient d’être proclamé, il y a un petit mot, le mot « car » qui présente ce qui va suivre comme une explication de ce qui précède, à savoir : de la question du divorce, de la continence volontaire, - disons de la vocation de la sexualité à la lumière de la parole de Dieu, de l’identité filiale du disciple du Royaume, de la pauvreté selon l’Evangile et de la prise de parole de Pierre qui se termine par la conclusion de Jésus ; « Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers, car, et c’est là que commence la parabole d’aujourd’hui : il en est du royaume des cieux comme d’un propriétaire qui a une vigne... ». Et notre parabole se termine, elle aussi par : « voilà comment les premiers seront derniers et les derniers seront premiers. »

Cet évangile est donc bien une explication, une réponse, à des personnes qui n’ont rien compris au vrai Dieu, et Jésus voudrait les inviter à sortir de leur situation mesquine, et à ouvrir leur coeur à cet océan d’amour qu’est Dieu.

Nous voyons là toute l’importance de situer cet Evangile dans son contexte pour ne pas lui faire dire ce qu’il n’a pas à nous dire, sinon nous tombons dans une polémique bien profane, étrangère aux réalités du Royaume, polémique très sociale, revendicatrice du côté de l’ouvrier qui réclame son salaire juste, et revendicatrice du côté du patron qui réclame sa liberté d’entreprise et de salaire. 

Dans cette vigne très particulière dont parle Jésus, il y a des ouvriers embauchés à toute heure du jour . Apparemment, le travail ne manque pas. Mais la pointe de la parabole n’est pas là. Il faut chercher d’abord ce que le texte nous dit sur Dieu. Et là, c’est facile à trouver : « Moi, je suis bon, dit Dieu à travers le propriétaire de la vigne, vas-tu regarder avec un œil mauvais, parce que moi je suis bon ? » 

Oui, Dieu est bon, et d’une bonté qui ne fait pas de comptes. Sa bonté surpasse tout, y compris le fait que nous ne la méritons pas. Cela veut dire qu’il faut que nous abandonnions une fois pour toute, notre logique de comptable. Dans le Royaume des Cieux, il n’y a pas de machines à calculer les mérites, nos souffrances, nos efforts…

Jésus veut nous faire sortir de cette logique du mérite. L’amour ne calcule pas et ne s’achète pas. Il est donné, et Dieu veut être le Sauveur de tous. Il nous appelle tous à la construction de son Royaume. Le salaire qu’il nous propose, c’est la Vie éternelle. La justice de Dieu, c’est d’aimer sans distinction tous ses enfants, également, infiniment et sans mesure. 

 Rappelons-nous ! Nous en connaissons bien - au moins un - qui était dernier et qui est devenu le premier. C’est le bon larron. Voilà bien un ouvrier de la dernière heure !

Et nous ? Qui peut se vanter d’être un ouvrier de la première heure ? Qui que nous soyons, nous sommes tous quelque part, des ouvriers de la onzième heure. 

Eh oui, en disant cela, nous sentons que lorsque la logique de Dieu est trop différente de la nôtre, la tentation qui nous prend est de contester. « Mais comment donc, même paie pour les premiers et les derniers venus ? Ce n’est pas juste ! »

C’est pourquoi, quand Jésus dit à ses disciples de « prier pour ne pas entrer en tentation », c’est de cette tentation-là qu’il veut les garder,  celle de murmurer contre Celui qui ne sait faire que deux choses : aimer et pardonner. 

Frères et sœurs, on ne peut être tout-à-fait chrétien sans accepter d’être un peu fou. C’est saint Paul qui nous le dit : « Nous sommes fous à cause du Christ ». Mais cette folie-là est bonne. C’est elle qui fait que l’on a le réflexe d’aimer avant celui de compter. En somme, ce qui compte, en christianisme, c’est précisément de ne pas compter, mais à condition que ce soit par amour !  

Aimer et pardonner, sans compter. 

Amen.