A PÂQUES 00 MATTHIEU 28, 01-10 (6)
Chimay : 04.04.2026
Frères et sœurs, c’était après le Sabbat, « à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine » (Mt 28,1). Il faisait encore nuit. Il faisait nuit aussi dans le cœur de ces femmes qui se rendaient au tombeau du Seigneur. Elles l’avaient suivi jusqu’au pied de la croix et elles pensaient venir rendre les derniers hommages à un ami défunt. « Voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus » (Mt 28, 2). Au moment où Jésus a rendu l’esprit, la terre a déjà tremblé (Mt 27,51). Au matin, du troisième jour, un nouveau tremblement de terre manifeste la réaction de la création à la mort du Fils de Dieu. Le premier tremblement de terre avait suscité la confession de foi du centurion et des soldats qui gardaient Jésus (Mt 27,54), celui-ci va ouvrir le tombeau pour révéler que le corps de Jésus n’y est plus.
Cette nuit de Pâques nous renvoie à une autre nuit, celle qui nous a rassemblés à Noël pour célébrer la naissance de Jésus. Cette nuit-là, une kyrielle d’anges nous a annoncé que le Sauveur nous a rejoints au cœur de nos ténèbres pour conduire notre monde vers la Lumière. Et au cours de la nuit de Pâques, nous célébrons la victoire de Jésus sur les ténèbres de la mort et du péché. Encore une fois, c’est la Lumière qui l’emporte.
Voici un autre point important de cet évangile de Matthieu : l’Évangile situe la résurrection de Jésus au premier jour de la semaine (ce qui correspond au dimanche). Ce premier jour nous renvoie cette fois à celui de la création du monde que nous lisons dans le livre de la Genèse. Ce jour-là, Dieu avait entrepris de faire du neuf. « Dieu dit : “Que la lumière soit” et la lumière fut » (Gn 1,3). C’est aussi ce qui se passe le jour de Pâques. La toute-puissance de Dieu fait de nous des êtres nouveaux. Elle nous libère de l’esclavage du péché. Le Christ ressuscité nous ouvre un chemin de liberté.
L’Évangile nous parle d’un grand tremblement de terre. L’Ange du Seigneur est là et roule la pierre. Les anges ne sont pas convoqués pour épargner la croix, mais pour manifester la victoire sur la mort. Cette pierre roulée, c’est celle de tous nos enfermements, de nos égoïsmes, de notre péché. Cet événement de la résurrection nous rappelle que la mort et le péché ne peuvent avoir le dernier mot. Le Christ ressuscité nous associe à sa victoire. Il vide nos tombeaux et nous appelle à la vie.
Voilà la Bonne Nouvelle de cette nuit de Pâques : Jésus est sorti vivant et victorieux de son tombeau. Il est entré dans la vie céleste. Il est glorifié. Cette Bonne Nouvelle a été annoncée aux femmes qui l’avaient suivi jusqu’au pied de la croix. Et maintenant, elles sont envoyées vers les disciples. Ils doivent se rendre en Galilée, là où tout a commencé pour lui. C’est là qu’il leur donnera la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle au monde entier.
Cette Bonne Nouvelle a été transmise de génération en génération. C’est à nous maintenant de prendre le relai pour qu’elle continue à être annoncée. Dans certains pays, les chrétiens le font au péril de leur vie. Ils sont nombreux ceux et celles qui sont persécutés, poursuivis et mis à mort à cause de leur foi en Jésus.
Mais rien ne peut empêcher la progression de la Parole de Dieu. Nous-mêmes, nous sommes envoyés dans le monde d’aujourd’hui pour être témoins et messagers de Jésus ressuscité. Notre mission c’est de le dire et de témoigner par nos paroles et nos actes. Nous sommes envoyés vers ceux qui vivent dans la nuit de l’incroyance, de l’indifférence.
Aujourd’hui comme autrefois, notre Dieu reste celui qui a vu la misère de son peuple. Il veut à tout prix le sauver. Et il compte sur nous pour participer à cette mission. Mais le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. C’est lui encore qui conduit au baptême les milliers de catéchumènes de cette nuit de Pâques. L’Évangile restera toujours une force communicative pour les hommes d’aujourd’hui.
« Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! » disons-nous en ce temps de Pâques. La résurrection est au cœur de notre foi. Cette réalité pourtant nous échappe à bien des égards, et le début de l’évangile de ce jour pourrait nous laisser entendre qu’elle n’est pas de ce monde. Pourtant, comme les femmes qui se rendent au tombeau pour regarder, nous sommes conviés à ouvrir nos yeux, notre intelligence, notre cœur, pour éprouver le Christ ressuscité à l’œuvre dans nos vies et en être les témoins. Que peut-on recueillir de l’expérience de Marie Madeleine et de l’autre Marie ? « Soyez sans crainte, vous cherchez Jésus, il n’est pas ici » (Mt 28,5), leur dit l’ange. Les femmes sont invitées à ne pas se laisser détourner de leur quête par les impressionnantes manifestations terrestres et célestes, fussent-elles des tremblements de terre : c’est auprès des disciples qu’elles sont renvoyées, et avec eux, en Galilée, le lieu de la vie quotidienne et ordinaire. C’est là que tous le verront. C’est dans l’ordinaire de nos jours que le Christ nous rejoint, ressuscité : dans tous les gestes qui apaisent, redonnent confiance, ouvrent à la vraie joie, construisent la communion... La lumière de la Résurrection est discrète, certes, mais elle est sûre : ne la perdons pas de vue !
