A 18 MATTHIEU 14, 13-21 (10)
Chimay : 02.08.2026
Frères et sœurs, la première lecture tirée du livre d’Isaïe (Is 55,1-3) et l’Évangile de Matthieu, qui nous rapporte la première multiplication des pains faite par le Seigneur, nous parlent de nourriture ou plutôt de manque de nourriture. En effet, après cette multiplication des pains au désert, il en est resté « douze paniers pleins, [alors que] ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants » (Mt 14,20-21). C’était vraiment l’abondance. On voit la générosité de Dieu. Faut pas se gêner pour demander.
Alors que le prophète Isaïe s’adressait à des gens désespérés qui vivaient en terre d’exil depuis 50 ans. Il les invite à se tourner vers le Seigneur : « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez » (Is 55,3). La vie dépend du Seigneur. Ce qu’il leur offre est beaucoup plus important que les frigos bien remplis. C’est Dieu lui-même qui se donne gratuitement et sans mérite de notre part. Nous sommes tous invités à nous en remettre à lui, même dans les situations les plus désespérées, sûrs que jamais il ne nous abandonnera, puisqu’il se dit notre ami : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jn 15,15).
Dans sa lettre aux Romains (Rm 8,35-39), saint Paul nous parle précisément de cette gratuité du don de Dieu en Jésus Christ. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8,39). Lui-même, saint Paul, vit une situation très difficile. Il est persécuté et mis en prison. Mais il pousse un cri de joie car il a découvert la bonté du Seigneur envers lui et envers toute l’humanité. Même au milieu des pires difficultés, il ne cesse de crier sa confiance car il sait que « rien ne peut le séparer de l’amour de Dieu ». Et ils sont encore nombreux aujourd’hui les chrétiens persécutés qui témoignent de leur attachement inébranlable au Seigneur, car ils saisissent sa présence et son aide.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, c’est la promesse d’Isaïe qui se réalise. En Jésus, c’est Dieu qui a vu la misère de son peuple affamé. Il est saisi de pitié devant tous ces gens. Il les nourrit. Il guérit les infirmes. Il vient pour guérir et donner aux hommes la paix. À travers ses paroles et ses gestes, c’est l’amour et la miséricorde du Père qui se donnent aux hommes.
En ce jour de prière commune, demandons à l’Esprit Saint de rendre nos cœurs pareils à celui du Christ, attentifs et ouverts devant la misère et la faim de nos frères et sœurs. Nous sommes envoyés pour témoigner de cet amour passionné qui est en Dieu. Mais si nous voulons être crédibles aux yeux du monde, il faut que cela se voie dans notre vie, il nous faut mettre nos actes en accord avec l’Évangile. Cela arrive quand nous sommes convaincus de l’amour de Dieu pour nous. Quand quelqu’un découvre qu’il est aimé de Dieu, c’est une nouvelle vie qui commence. Ils regardent ses frères et sœurs autrement.
Dans l’Évangile de ce jour, toute la foule a été rassasiée. Le danger serait de ne voir que le côté merveilleux de cette histoire. C’est vrai que nourrir toute une foule dans un endroit désert, c’est extraordinaire. C’est un exploit que seul Dieu peut accomplir. Mais ce n’est pas le plus important. Cet Évangile nous invite d’abord à reconnaître Celui qui se révèle. Aujourd’hui comme autrefois, le Seigneur prend soin de son peuple ; il nous nourrit gratuitement. En lui et par lui, c’est tout l’amour du Père qui se donne.
Mais aujourd’hui, il nous faut écouter l’Évangile un peu plus en profondeur : Jésus a été envoyé pour nourrir l’homme affamé, mais surtout l’homme affamé de Dieu. Il y a un point important qu’il nous faut souligner : les auteurs des Évangiles, ont perçu ce miracle comme un signe de l’Eucharistie. Les gestes de Jésus sont les mêmes qu’à la Cène : « Il prit les cinq pains, il prononça la bénédiction, il rompit les pains, il les donna » (Rm 8,19). Ce pain qui est annoncé dans l’Évangile de ce jour, c’est celui de la Vie éternelle ; c’est son Corps « livré pour nous et pour la multitude ». Il y eut douze paniers pleins des morceaux qui restaient. C’est l’annonce de la vraie multiplication des pains qui ne cesse de s’accomplir par la consécration eucharistique. C’est un don de Dieu qui ne s’arrête pas.
La multiplication des pains nous enseigne aussi que Dieu nous donne une nourriture qui développe en nous notre capacité d’aimer. Elle nous ouvre à l’humanité toute entière. Tous les hommes sont « invités au festin des noces de l’Agneau ». Jésus n’est pas venu pour quelques privilégiés mais pour la multitude. Quand le prêtre dit : « Heureux les invités au Repas du Seigneur », il ne s’agit pas seulement de ceux qui sont présents physiquement mais de tous les hommes sans distinction. Tous sont invités à partager le don de l’Eucharistie, le don que Jésus fait de sa vie et qu’il fait totalement sans rien garder pour lui.
En sortant de cette messe, nous sommes tous envoyés vers les autres avec un panier plein. Comme autrefois, Jésus continue à nous dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16). Donnez à ceux qui ont faim de pain, faim d’amour, faim de reconnaissance, faim de Dieu. Si nous unissons nos forces humaines à celles du Christ, le miracle pourra se reproduire et l’Église revivra.
Ce que Dieu attend de nous, ce n’est pas notre argent mais notre disponibilité. C’est l’apport du peu que nous avons et du peu que nous sommes. Cinq pains et deux poissons c’est vraiment dérisoire pour nourrir une foule. Mais c’est avec ça que Jésus accomplit des merveilles. C’est un encouragement pour nous qui avons tendance à nous décourager devant toutes les misères du monde. Nous disons facilement que nous ne pouvons pas répondre à tous les besoins. Car ils sont immenses. C’est sans doute vrai. Mais avec un peu de folie, nous pouvons bien lui donner nos cinq pains et nos deux poissons. Jésus vient nous apprendre à nous mettre au service des plus pauvres. Prêtons l’oreille et notre cœur pour écouter leur tristesse. Le Seigneur compte sur nous pour soutenir et fortifier les autres. Aujourd’hui encore, il multiplie les fruits de notre bonne volonté bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer.
En lisant cet Évangile, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à Marie aux noces de Cana. Elle a vu qu’il n’y avait plus de vin. Elle voit aussi tous nos manques, manques de pain, nos manques d’amour… Et elle ne cesse d’intercéder auprès de son Fils pour nous et pour notre monde. Et aujourd’hui encore, elle continue à nous dire : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5).
