3 août 2026 – lundi de la 18e semaine

Jr 28, 1-17 ; Mt 14, 22-36.

                                                            HOMÉLIE

           Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus se révèle comme Dieu à ses disciples effrayés en marchant sur les eaux.

          Arrêtons-nous un instant sur cette dernière rencontre entre les disciples et Jésus et voyons quel message l’évangéliste Matthieu veut nous transmettre.  Tout d’abord, notons que Matthieu ne mentionne la prière solitaire de Jésus que deux fois dans tout son Évangile : à cette occasion et au Jardin des Oliviers, lors de moments particulièrement tragiques.  Après avoir appris la mort de Jean-Baptiste, Jésus part en barque avec ses disciples vers un endroit calme et isolé.  La foule s’en rend compte et les devance.  Il a pitié de ces pauvres gens et leur donne à manger après avoir guéri leurs malades.  Puis il oblige (le mot est fort) ses disciples à se rendre sur l’autre rive.  L’autre rive n’était plus en Israël ; c’était déjà le monde des païens, vers lequel ils devaient eux aussi se diriger. Sans doute voulait-il aussi les protéger du danger d’être entraînés par la foule vers un mouvement qui ferait de Jésus un Messie politique. Il renvoie la foule et monte sur la montagne pour prier son Père.  À la suite de cette rencontre avec Dieu, son humanité acquiert l’une des caractéristiques que l’Ancien Testament reconnaissait comme une prérogative de Dieu, celle de marcher sur les eaux (cf. Job 9,8 ; 38,16).

          Le monde dans lequel nous vivons ressemble souvent à un bateau ballotté par le vent sur une mer déchaînée. Pensons, par exemple, à la guerre qui ravage actuellement la bande de Gaza et aux nombreux autres conflits qui secouent le monde entier.  Si Jésus apparaissait en marchant tranquillement sur cette mer déchaînée, nous penserions sans doute, comme les apôtres, qu’il s’agit d’un fantôme.  Et pourtant, il continue de venir vers nous, non pas dans des manifestations bruyantes, mais dans la douce brise.  Si nous avons le courage – ou la témérité – de le défier comme Pierre l’a fait :  « Si c’est toi, ordonne-moi de venir vers toi », il nous dira : « Viens ! »   Le « si » de Pierre – sa capacité à reconnaître et à accepter son doute – est aussi courageux que son « fais-moi venir » – sa volonté d’obéir, quoi qu’il en coûte. Puissions-nous, nous aussi, avoir le courage de traverser sans crainte cette mer déchaînée et d’aller à la rencontre de Jésus avant même qu’il ne réapparaisse dans la barque. Tous ceux qui étaient dans la barque ont reconnu Jésus lorsque le vent s’est calmé.  Ainsi Élie avait-il reconnu Dieu dans la brise légère.  Peut-être que le défi que Dieu lance aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, comme à Pierre, est de le trouver au cœur même de la tempête.

          N’attendons pas que tous les conflits sur la scène internationale, voire au sein de l’Église, s’apaisent pour espérer la grâce d’une rencontre intime avec Jésus.  C’est le moment pour les natures fortes et téméraires comme celle de Pierre.  Dans un monde où Dieu se manifeste de manière si déconcertante, ayons l’audace de lui dire : « Si c’est vraiment toi, ordonne-moi de sortir à ta rencontre, en marchant au milieu de ce chaos qui est le nôtre ».  Il nous dira sans aucun doute : « Viens ».  Prions pour avoir le courage d’aller de l’avant, le regard fixé sur Jésus et non sur la tempête qui nous entoure.  Mais même si la tempête ravive nos peurs, cela n’a pas d’importance.  Jésus nous prendra par la main et nous fera monter dans la barque… sans oublier que cette barque fait route vers l’autre rive, vers le monde des « nations », vers la mission universelle.