A 28 MATTHIEU 22, 01-14 (16)
Scourmont : 11.10.2026
Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous rejoignent dans la situation qui est la nôtre, bonne ou mauvaise, et nous incitent à l’espérance. Ainsi dans la première lecture (Is 25,6-10), le prophète Isaïe s’adresse à un peuple qui vit une situation difficile. Son message cherche à le raffermir dans sa foi. Il annonce l’intervention de Dieu qui opérera un renversement radical non seulement du sort d’Israël mais aussi de tous les peuples. C’est un monde nouveau qui est en train de naître, un monde où rien n’est perdu de ce qui est beau et bon, un monde où le mal est exclu. « Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d’arriver : Ne la connaîtrez-vous pas ? Je mettrai un chemin dans le désert, Et des fleuves dans la solitude » (Is 43,19).
Cette proposition de salut est comparée à un festin offert à tous les peuples. Ce sera une vie entièrement nouvelle, en totale communion avec Dieu. Ce repas célébrera la disparition définitive de l’humiliation, de la souffrance et de la mort. En communion les uns avec les autres, nous célébrerons la grandeur de Dieu. À nous de diffuser cette Bonne Nouvelle si nous voulons hâter ce jour du grand festin entrevu par Isaïe. « Et ce jour-là, on dira : “Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions” » (Is 25,9). Mais pour cela, il nous faut reconnaître l’action de Dieu dans nos vies.
C’est cette Bonne Nouvelle que saint Paul a annoncée au monde païen de ton temps (Ph 4,12-20). Sa vie était loin d’être une succession de festins. En devenant apôtre du Christ, il a appris à vivre dans la gêne. Il a vécu des moments difficiles ; il a connu des privations ; il a souffert les persécutions. Sa plus grande préoccupation était que l’invitation du Christ soit proclamée dans le monde entier. Il trouve sa force en Dieu. Lui seul peut nous combler pleinement. « Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4,13). Sa grâce nous suffit, dira-t-il.
L’évangile d’aujourd’hui nous présente un roi qui célébrait les noces de son fils. Ce roi, c’est Dieu. Nous l’avons compris. Et son fils, c’est le Christ. Il invite l’humanité entière à la noce de son Fils Jésus. Envoyé par le Père, Jésus a épousé notre humanité par son incarnation. Et le Père veut absolument que tous en bénéficient et s’en réjouissent. C’est donc toute l’humanité que Dieu veut rassembler auprès de lui. Les paroles de Jésus sont très claires : « Allez donc à la croisée des chemins ; tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noces » (Mt 22,9).
La mission de l’Église, notre mission à tous, c’est d’être les messagers de cette invitation. En tant que chrétiens baptisés et confirmés, nous sommes envoyés dans le monde pour témoigner de cette Bonne Nouvelle et de l’espérance qui nous anime. C’est en vue de cette mission que Jésus nous envoie son Esprit Saint. Nous ne pouvons pas être disciples du Christ sans être missionnaires. C’est toute notre vie qui doit contribuer à l’annonce de Jésus.
Voilà donc cette invitation à la fête. Mais l’évangile nous montre l’obstination de ceux qui se sont éloignés de la Bonne Nouvelle. Nous sommes surpris et même choqués devant l’attitude désinvolte des invités de cette parabole. On leur propose quelque chose d’extraordinaire qui va transformer leur vie ; or voilà qu’ils n’ont pas le temps, ils sont débordés de travail, accablés de soucis. Pire, ils se retournent contre les messagers porteurs de cette bonne nouvelle qui insistent et ils les maltraitent sauvagement. C’est une allusion à tous les martyrs d’autrefois et à ceux d’aujourd’hui qui annoncent la Parole de Dieu.
Nous aussi, nous trouvons facilement des excuses pour ne pas répondre à l’invitation du Seigneur. « Je n’ai pas le temps de prier ni d’aller à la messe parce que j’ai trop de travail ou encore parce que j’ai des invités ». On oublie alors que l’Eucharistie est vraiment le rendez-vous le plus important de la semaine. Le Christ est là présent ; il rejoint les communautés chrétiennes réunies en son nom. Il vient nous redire l’amour passionné de Dieu pour tous les hommes. Malheureusement, beaucoup, renonçant à reconnaître l’amour de Dieu, préfèrent demeurer tranquillement chez eux afin d’éviter tout ce qui dérange leur quiétude.
Bien sûr, Jésus ne force personne à venir à ses noces. Mais il poursuit inlassablement son invitation. Il ne peut pas se résigner à nous voir malheureux loin de lui. « Dieu est amour » (1 Jn 4,8). Il ne peut pas ne pas aimer. Toute la Bible nous montre Dieu s’adressant aux hommes en termes d’amour et d’alliance. C’est comme un feu que rien ne peut arrêter.
La deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui nous montre le rassemblement dans la salle des noces. Nous assistons à l’entrée du Roi. Et là, il y a un problème. L’un des convives n’a pas son vêtement de noces. Alors on se pose la question : Comment reprocher à un homme que l’on a ramassé sur la route de ne pas avoir de vêtement nuptial ? Si Jésus a ajouté cette exagération, c’est qu’il a un message important à nous transmettre.
Cet homme a répondu oui, mais sans consentir à ce que suppose le statut d’invité : être en parfaite communion avec le Roi. Il préfère garder le silence. Il refuse le dialogue avec Dieu. Jésus nous rappelle ici que la foi n’est pas une réponse complaisante, elle est une réponse personnelle, engagée. Dieu nous veut libre, mais responsable. Il attend de nous une réponse pleine et généreuse. Il veut que nous goûtions à son festin dans la joie.
Jésus vient en effet nous rappeler que nous devons nous habiller de justice, porter des fruits de droiture. Porter le vêtement de noces, c’est être converti. La conversion consiste dans le témoignage de la foi et de la charité, ainsi que dans l’engagement en faveur de la justice, de la paix et de la fraternité. En promouvant le bien commun, le croyant ne peut accepter l’oppression des petits et des pauvres, ni les structures inéquitables qui perpétuent des conditions de dépendance et d’injustice.
En ce mois du Rosaire, nous nous tournons aussi vers la Vierge Marie. Qu’elle nous accompagne sur ce chemin de conversion. Confions-lui les drames et les espérances de notre monde. Prions-la aussi pour ceux qui sont persécutés à cause de leur foi. Elle sera toujours là pour nous renvoyer au Christ. « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur » (Ps 94,7-8).
