Homélies du Père Jacques Pineault

 Avent3

C AVENT LUC 03,10-18 (17) Chimay : 15.12.2024

Frères et sœurs, la liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent nous invite à la joie. Nous pouvons penser que cette invitation détonne tout comme ce message que nous trouvons dans la première lecture. Le prophète Sophonie (So 3,14-18) profite d’un petit bout de paix retrouvée pour inviter son peuple à faire la fête. Cette accalmie est le signe d’une transformation plus profonde que Dieu accomplira un jour, où on n’aura plus à craindre la guerre : l’humanité sera conviée à danser de joie avec son Seigneur. C’est l’amour qui aura le dernier mot sur la terre. « Ne crains pas ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi » (So 3,16-17). Ce sera le triomphe définitif du Sauveur au milieu des hommes.

 Avent3

C AVENT LUC 03,10-18 (17) Chimay : 15.12.2024

Frères et sœurs, la liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent nous invite à la joie. Nous pouvons penser que cette invitation détonne tout comme ce message que nous trouvons dans la première lecture. Le prophète Sophonie (So 3,14-18) profite d’un petit bout de paix retrouvée pour inviter son peuple à faire la fête. Cette accalmie est le signe d’une transformation plus profonde que Dieu accomplira un jour, où on n’aura plus à craindre la guerre : l’humanité sera conviée à danser de joie avec son Seigneur. C’est l’amour qui aura le dernier mot sur la terre. « Ne crains pas ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi » (So 3,16-17). Ce sera le triomphe définitif du Sauveur au milieu des hommes.

B CHRIST-ROI JEAN 18,33b-37 (15)

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Scourmont : 24.11.2024 

Frères et sœurs, en ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous célébrons la solennité du Christ-Roi de l’univers. Cette fête a été créée pour nous révéler un visage peut-être méconnu de Dieu. Dans l’iconographie chrétienne, Dieu le Père est représenté en vieillard, laissant croire qu’il est de sexe masculin et qu’il est âgé. Or, Dieu n’est ni homme, ni femme, ni jeune, ni vieux. Il est Dieu, sans pouvoir l’assimiler à aucune réalité dont nous avons l’expérience. Le dimanche du Christ-Roi cherche à briser ces représentations simplistes qui enferment Dieu dans des imaginaires problématiques, qui réduisent la souveraineté divine à l’exercice d’une puissance humaine, et qui confondent la royauté unique du Christ avec un programme politique.

Or, dans l’évangile de saint Jean, la réponse de Jésus à Pilate vient bousculer nos attentes. Le seul Roi que nous reconnaissons apparaît livré aux puissances du monde, payant de sa vie l’obéissance à la Parole de vie dont il est à la fois l’incarnation et le porteur. C’est même notre rapport à la vérité qui est modifié. « Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix » (Jn 18,37), nous dit Jésus. Là où nous croyons posséder la vérité, en la confisquant, il s’agit de se mettre l’écoute de la parole du Seigneur et de chercher à y rester fidèle.

Seul l’Esprit Saint nous permet de reconnaître le Roi transpercé comme le Seigneur que le Père ressuscite dans la gloire. Loin d’être un vieillard acariâtre et distant, Dieu se manifeste en renversant les forces de mort qui nous assaillent et trouvent en nous de sombres complicités. Appartenir à la vérité est donc coûteux, car l’accueil de la vie divine au plus profond de nos existences nous fait entrer dans un processus de conversion.

Le livre de l’Apocalypse (1,5-8) de saint Jean que nous avons entendu en deuxième lecture a été écrit bien après la résurrection du Christ. Il s’adresse à des chrétiens persécutés. L’empereur de Rome est très dur pour eux. C’est dans ce monde hostile et violent que saint Jean annonce le triomphe de Celui qui est l’Amour. Par sa mort et sa résurrection, il a vaincu la mort et le péché et il veut nous associer tous à sa victoire, comme le dit saint Paul dans la lettre aux Romains : « Rien ne peut nous séparer de son amour » (Rm 8,38-39).

Ces deux extraits de la Parole de Dieu sont une bonne nouvelle pour notre monde d’aujourd’hui. De nombreux dictateurs y règnent en maîtres. Ils font peser leur pouvoir sur les plus faibles. Dans de nombreux pays, les chrétiens sont victimes de la haine et de la violence des hommes. Mais un jour, les dictatures finissent par tomber. Il n’est pas question de vengeance : cela ne ferait qu’ajouter de la violence à la violence. Ce n’est pas par la force des armes qu’on peut obtenir la victoire contre le mal mais par celle des paroles de négociation et surtout celle de l’amour.

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre Jésus face à Pilate : il se présente à lui en tant que roi d’un Royaume « qui n’est pas de ce monde » (Jn 18,36). Sa Royauté ne repose pas sur l’ambition, ni sur la compétition. Elle n’utilise pas les armes de la peur, ni le chantage, ni la manipulation des consciences. Sa royauté s’exprime dans l’humilité et la gratuité. Les royaumes de ce monde se fondent parfois sur les abus de pouvoir, les rivalités, les oppressions. Au contraire le Royaume du Christ est un « Royaume d’amour, de justice et de paix » (Préface).

« Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18,33). Présenté comme un homme dangereux pour les Romains et pour les Juifs, Jésus, défiguré, dépouillé de tout et sans défense, se voit contraint à dialoguer avec Pilate. Au cœur de ce dialogue pour le moins étrange, figure une question posée par Pilate : « Es-tu le roi des Juifs ? » Toute la suite du texte de saint Jean nous dit que pour comprendre la réponse de Jésus, il faut s’ouvrir à Jésus lui-même qui, par sa vie et sa personne, est la vérité même. Ne peuvent comprendre sa réponse que ceux qui s’ouvrent à la vérité. Chez saint Jean, la vérité est porteuse d’une grande valeur. L’essentiel de la mission de Jésus est centré sur la vérité. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), dira Jésus. Et quand il sera crucifié, un écriteau le désignera comme le roi des Juifs. Roi, mais pas comme les autres. Né dans une crèche, il n’habitera pas dans un palais et c’est sur le dos d’un âne pacifique qu’il incarnera sa royauté. Il sera un roi serviteur qui n’aura d’autre loi que l’amour. Sa devise s’exprime ainsi : « Venu, non pas pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28). En fait, à travers la fête du Christ-Roi de l’univers, l’Eglise fait signe au monde et à chacun d’entre nous sur la pertinence de l’exercice du pouvoir. Qu’il soit politique ou religieux, la vérité du pouvoir et de la royauté réside dans l’accomplissement d’une responsabilité de service. Au demeurant, par le baptême, chaque chrétien participe à la mission du Christ prêtre, prophète et roi. Pour répondre à cette identité, nous voici provoqués à être serviteurs de tous, à prendre soin des pauvres et des faibles, à être vrais, justes et miséricordieux.

Jésus s’est révélé comme roi dans l’événement de la croix. Aux yeux du monde, c’est un échec lamentable. Mais l’Évangile nous invite à changer notre regard. La croix du Christ c’est l’échec du péché. C’est en levant les yeux vers le Christ en croix que nous prenons conscience de son amour gratuit pour nous et pour le monde entier. Sa puissance et sa force sont celles de l’amour, un amour solide et intègre, même face aux refus. Sur le Calvaire, on ridiculise ce « roi des juifs ». On lui lance un défi : « Sauve-toi toi-même en descendant de la croix » (Mc 15,30). Mais Jésus ne cherche pas à se sauver lui-même. Il a donné sa vie pour chacun de nous. Il est venu « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10). En passant par la mort et la résurrection, il nous a ouvert un passage vers ce monde nouveau qu’il appelle « le Royaume de Dieu ».

Aujourd’hui encore, ils sont nombreux ceux qui refusent cette royauté du Christ. On fait tout pour l’effacer en supprimant ses disciples, les symboles religieux et les fêtes religieuses. Dans notre société sécularisée, on le relègue à l’exil, on le ridiculise sur les écrans de télévision, dans les salles de cinéma et aux Olympiques. Et surtout, nous ne devons pas oublier les très nombreux martyrs dans de nombreux pays du monde. Mais le mal, la violence et la haine n’auront pas le dernier mot. Encore une fois, c’est l’amour qui triomphera.

Le premier qui l’a compris a été l’un des malfaiteurs crucifiés en même temps que Jésus, celui qu’on appelle « le bon larron ». Nous connaissons sa supplication : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Cet homme était un malfaiteur, un corrompu. Il était condamné à mort pour toutes les brutalités qu’il avait commises durant sa vie. Mais il a vu qu’avec Jésus, l’amour peut triompher de la haine : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Comme cet homme, nous pouvons redire cette prière : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Et nous avons la ferme espérance qu’un jour, il nous dira : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43).

 

C AVENT 02 LUC 03, 01-06 (19)

Chimay :08.12.2024


Avent 2

Frères et sœurs, pour comprendre les textes bibliques de ce dimanche, il convient de les situer dans leur contexte historique. Nous avons tout d’abord lu Baruc (Ba 5,1-9) qui appelle son peuple à la joie et à l’espérance. Ce peuple a été déporté en exil et humilié. Mais il va retrouver le bonheur et la liberté. C’est cet appel à l’espérance que nous entendons dans la première lecture : « Quitte ta robe de tristesse et de misère et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours » (Ba 5,1).

L’Évangile de ce jour est une réponse à cette annonce : il nous ramène à une situation bien précise de l’histoire. La naissance de Jésus intervient dans un contexte historique, politique et religieux décrit par Luc. L’évangéliste met au-devant de la scène tous les personnages politiques et religieux du moment : l’empereur romain Tibère, son représentant en Judée Ponce Pilate, Hérode prince de Galilée et d’autres petits rois. Il cite également les autorités religieuses, Anne et Caïphe. Face à ces personnages prestigieux, nous avons un homme tout simple : il s’appelle Jean ; il ne vit pas dans les palais ni dans le temple mais au désert de Judée. C’est là, dans le désert, que la Parole de Dieu est adressée à Jean. Cette histoire croise celle de la Parole de Dieu, qui nous précède, et ne cesse de parler à chaque époque.

« La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie » (Lc 3,2). En nous disant cela, l’évangéliste a quelque chose d’important à nous faire découvrir : au temps de Jean Baptiste, c’était dans le désert que la Parole de Dieu pouvait être le mieux entendue. À la manière de Jean Baptiste, nous sommes tous invités au désert pour entendre ce que Dieu veut nous dire aujourd’hui. C’est ainsi que nous pourrons « préparer le chemin du Seigneur et rendre droits ses sentiers » (Lc 3,4).

En citant le prophète Isaïe, Jean Baptiste rappelle que la parole de Dieu est stable, fidèle, qu’elle vient de loin et nous précède. C’est elle qui travaille le peuple hébreu depuis des siècles et donne le souffle nécessaire pour vivifier le monde. Ce constat est valable aujourd’hui. Dans nos vies, le souffle de Dieu, sa parole, croise la petite et la grande histoire. La présence de Dieu n’est jamais quelque chose d’abstrait, de déconnectée de ce qui nous préoccupe ou qui préoccupe nos contemporains. L’Évangile raconte que la visibilité du Christ dans l’histoire est à cette double condition. D’un côté, s’inscrire dans ce qui fait son temps et son époque et, de l’autre, ne pas douter que la parole de Dieu garde son actualité et son sens. Jean Baptiste écoute et transmet la Parole. Il y trouve l’énergie pour avancer et proclamer qu’un autre avenir est possible pour ce monde. C’est précisément à ce croisement, qu’il fera la rencontre de Jésus.

Bien sûr, il n’est pas question de consulter une agence de voyage pour aller dans le Sud du Sahara ou au désert de Judée. Le désert dont Dieu nous parle, il est en chacun de nous. Il est le lieu du silence en nous. Aller au désert, c’est entrer en nous-mêmes. Nous vivons dans une société où le bruit nous envahit de tous côtés. Et pourtant, le silence est absolument essentiel à notre équilibre. « Nous sommes trop sollicités par ce monde qui va trop vite. Nous ne prenons pas le temps de nous arrêter, de faire silence pour que nous puissions nous poser la question de savoir si la vie que nous menons est bien accrochée à l’essentiel » (Jean-Louis Étienne, médecin explorateur français).

Emportés les uns et les autres dans le tourbillon de la vie, il nous faut faire des moments de silence au désert si nous voulons rester des hommes et des femmes d’intériorité, si nous voulons simplement rester des croyants qui soient humains. Noël, c’est la visite de Dieu dans nos cœurs, mais si nous sommes ailleurs, la visite n’aura pas lieu. Pour l’entendre, il faut que nous l’écoutions. C’est pour cette raison que Jean va au désert. C’est dans le silence que nous commençons à entendre. Dieu ne demande qu’à parler au cœur de chacun.

Ce désert dont parle saint Luc nous renvoie également à celui que nous subissons : le désert de la pandémie que nous avons vécu et qui est toujours d’actualité… le désert terrible de la maladie… le désert brûlant de la mort… le désert glacial de la solitude… le désert aride de l’échec professionnel ou du chômage… le désert de la perte d’un être cher ou de la trahison. Quantité de déserts !

C’est dans tous ces déserts que les paroles de Jean Baptiste nous rejoignent : « Préparez les chemins du Seigneur… Aplanissez sa route » (Lc 3,4). Pour répondre à l’invitation de Jean Baptiste, il nous faut combler les ravins de notre méfiance, abaisser les montagnes de nos préjugés et de nos aprioris, il nous faut aplanir les sentiers de nos égoïsmes personnels et collectifs et de notre petite tranquillité. Cette conversion à laquelle Jean Baptiste nous appelle, c’est vraiment un changement de toute notre vie.

La mission prophétique qui lui échoit pousse Jean Baptiste à s’approcher du fleuve, où il proclame un baptême que l’on pourrait aussi traduire par une plongée ou un plongeon de conversion. Pour se rendre au fleuve qui coule en bordure du désert et pour s’y plonger, les Juifs de l’époque devaient quitter leurs routes et leurs comportements habituels, et consentir à l’initiative d’un autre ; ce qui suppose qu’ils fassent confiance à ce Jean et à « la Parole de Dieu qui lui fut adressée » (Jr 1,4.11.13 etc.). Pour eux comme pour nous, la conversion commence lorsque nous consentons à sortir de nos ornières pour nous exposer dans la confiance aux appels de l’Esprit, qui nous parle par les prophètes.

Cette conversion pour accéder à une vie meilleure ne peut devenir efficace que si nous l’accueillons librement. Ce n’est pas d’abord un passage du vice à la vertu ; c’est surtout un passage du fatalisme à l’espérance, du doute à la foi, du repli sur soi à l’ouverture ; non pas prier plus, mais prier mieux. L’espérance chrétienne, c’est de croire que Dieu est à l’œuvre. Même quand tout va mal, qu’il est là, qu’il agit dans le cœur des hommes. Nous en avons des signes dans les gestes de dévouement et de solidarité des uns et des autres. À travers eux, c’est Dieu qui se manifeste. Son amour est plus fort que la haine.

Dans l’épître aux Philippiens (Ph 1,4-6.8-11), saint Paul nous dit précisément que ce salut de tous les hommes est réalisé en Jésus-Christ. Ce n’est pas vous qui avez eu l’initiative. C’est d’abord l’œuvre de Dieu : « Celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus » (Ph 1,6) ; et nous y sommes tous associés. Ce qui nous est demandé, ce n’est pas de travailler pour le Seigneur mais de travailler avec le Seigneur. Le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur de chacun.

Ils sont nombreux dans le monde ceux et celles qui se préparent à fêter Noël. Mais beaucoup vont vivre ce jour en oubliant celui qui devrait être au centre de cette fête. Préparer Noël, c’est d’abord accueillir Jésus qui vient, c’est se mettre à l’écoute de son Esprit Saint, c’est aller au désert pour mieux entendre son appel, c’est vivre un début d’amitié avec lui. Par l’Eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche, il vient nous éclairer et nous rendre la vie. Prions-le afin qu’il fasse grandir en nous sa vie en plénitude. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance » (Jn 10,10).

B 32 MARC 12,38-44 (10)

Chimay : 10.11.2024

Frères et sœurs, les textes de la Parole de Dieu nous parlent aujourd’hui du don de soi. Dans le premier livre des Rois et dans l’Évangile, nous avons entendu le témoignage de deux pauvres veuves, une païenne et une fille d’Israël. Elles ont donné « tout ce qu’elles avaient pour vivre » (Mc 12,44). Ces témoignages nous rejoignent : en ces jours anniversaires de l’armistice, nous pensons à ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour que nous puissions vivre dans un pays libre. À leur manière, ces soldats ont tout donné.

C AVENT 01 LUC 21,25-28.34-36 (18)

Chimay : 01.12.2024

 

Frères et sœurs, en ce jour, premier dimanche de l’Avent, nous commençons notre préparation à la fête de Noël, la célébration de la naissance de Jésus, la venue au monde de notre Sauveur. Pourquoi donc commençons-nous cette période liturgique avec ce passage de l’Évangile de Luc, qui nous parle de la fin des temps ? Quel est le lien avec la fête de Noël ? Dans l’Église, les fêtes liturgiques ne sont pas de simples commémorations d’événements du passé. Il ne s’agit pas seulement de se rappeler. Il s’agit aussi de se rendre compte de la portée que ces événements, en l’occurrence la naissance de Jésus, ont dans notre propre vie.

Et de fait, on distingue trois « venues » de Jésus. La première est celle que nous célébrerons le 25 décembre, sa naissance à Bethléem dans la chair. La deuxième est le retour de Jésus dans la gloire, auquel ce passage de saint Luc fait référence, et la troisième est la venue de Jésus dans le cœur de chaque homme, tout au long de sa vie sur la terre. Ces trois « venues » sont liées les unes aux autres. Si Jésus reviendra dans la gloire, c’est parce qu’il est déjà venu dans l’humilité de la crèche. Il veut aussi venir chaque jour dans notre cœur, pour que nous soyons mieux préparés à le rencontrer lors de son dernier retour.

La contemplation de Jésus dans la crèche, dans la pauvreté, l’humilité et la simplicité, doit donc nous aider à mieux l’accueillir dans notre vie de tous les jours. Pour accueillir Jésus dans sa vie, il n’y a rien de mieux que de regarder Marie, Joseph, les bergers, les rois mages, et d’imiter leur attitude de silence, de simplicité, de pauvreté, de générosité. D’ailleurs, quelle meilleure manière de se préparer au retour de Jésus dans la gloire que de le rencontrer déjà tous les jours dans notre âme, dans l’intimité de notre cœur ?

Le royaume de Dieu est proche. L’Évangile de ce dimanche, avec lequel nous ouvrons la nouvelle année liturgique, nous annonce le triomphe définitif du Christ. Jésus nous décrit sa seconde venue : une catastrophe telle se produira dans le monde, dans le ciel, sur la terre et dans la mer que les hommes mourront d’effroi et de terreur. Mais Jésus nous rassure : cela est pour les ennemis de la Vérité. Nous, quand nous verrons arriver ces choses, nous saurons que notre salut est proche.

Les premiers versets de l’Évangile que nous avons lus ne doivent pas nous effrayer. Saint Luc les a rédigés dans un style littéraire très particulier qu’on appelle apocalyptique. Le cosmos entier est comme ébranlé par le plus grand des événements qui puisse se produire et qui a changé la destinée de l’humanité : l’Incarnation, la mort et la Résurrection du Fils de Dieu ! Oui, « les puissances des cieux seront ébranlées » (Lc 21,26), car jamais il ne s’est produit quelque chose de semblable. Saint Luc imaginait-il que l’événement Jésus-Christ influencerait le monde entier, au point d’être le point zéro à partir duquel nous calculons le temps ?

Jésus invitait déjà ses disciples à relever la tête, car la Rédemption est proche. Le temps de l’Avent est un temps de préparation ou d’attente. Notre salut vient. Il ne cesse d’ailleurs de venir. Tant que nous sommes sur terre, rien n’est terminé. Le combat n’est pas encore fini. C’est pourquoi Jésus nous invite à nous tenir sur nos gardes. Il nous faut veiller pour être prêts et pour l’accueillir. Rester spirituellement éveillés. Le temps de l’Avent est un temps favorable pour donner un peu plus de temps et d’attention à Dieu

« Veillez et priez » (Lc 21,36). C’est la seule recommandation que Jésus nous fait aujourd’hui. Recommandation tant de fois répétée dans l’Évangile. Saint Paul ajoute : « Qu’il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père, pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints » (1Th 3,13). « Il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard » (Ep 1,4). Soyons donc saints et irréprochables devant Dieu notre Père, et nous serons disposés à recevoir le Seigneur Jésus-Christ quand il viendra avec tous ses anges et ses saints. Notre rencontre avec le Seigneur peut survenir n’importe où, à n’importe quel moment et de la manière la plus inattendue. L’important est que, au moment de cette rencontre définitive, nous puissions dire : « Me voici, Seigneur ! Je t’attendais... »

Le cœur qui aime ne se fatigue jamais d’attendre. La prière que nous élevons vers Dieu doit venir du cœur, un cœur qui aime avec passion et constance, avec générosité et la volonté d’accepter n’importe quel sacrifice, un cœur qui aime à demeurer en présence du Christ que nous aimons. L’Avent est un temps d’attente et de préparation. La vigilance et la prière sont les meilleurs moyens de nous préparer, dans la joie et la sérénité, pour accueillir Jésus.

Dans l’attente de ce jour, le Seigneur nous invite à nous redresser, à relever la tête, à nous tenir sur nos gardes, à rester éveillés, à prier en tout temps pour que nos cœurs ne s’alourdissent pas et ainsi pouvoir tenir debout devant le Fils de l’homme. Les préfaces de l’Avent nous invitent aux mêmes attitudes spirituelles : attendre en veillant dans la foi (Préface I), vigilants dans la prière et remplis d’allégresse. Toutes ces attitudes découlent de l’espérance chrétienne qui nous donne en germe le terme de notre attente et nous assure que le Seigneur nous accompagne dans ce temps de l’Église. En attendant le retour glorieux du Christ continuons à prier avec intensité : « Que ton Règne vienne ! » Dans ma vie et dans la vie du monde et œuvrons pour que Jésus soit le roi de tous les cœurs.

Combien de fois est-il arrivé, dans l’histoire, des désastres tels que partout l’on s’affolait, désemparés par le fracas de la nature en furie ou par celui des armes qui détruisent et tuent... Encore aujourd’hui, bien sûr, l’idée des bombardements ou des tremblements de terre nous fait trembler de terreur. Lorsque la catastrophe s’abat sur un pays, sur une famille, notre réaction est la crainte et le désarroi. La parole de Dieu, pourtant, semble se dresser sur les lieux de toutes nos peurs et, avec une autorité désarçonnante, nous commande, précisément à ce moment-là, de redresser la tête, et de nous relever.

En raison de quoi redresserions-nous la tête ? En raison de quoi nous relèverions-nous lorsque tout menace de s’effondrer ? À cause de la foi seule en la promesse qui nous a été faite : le Christ ressuscité, vainqueur du mal, est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20), et il vient pour accomplir sa promesse de bonheur et de salut. Lui obéirons-nous ? Essaierons-nous, lorsque la tempête fait rage, de jeter l’ancre de notre espérance vers le Dieu fidèle ? Demandons cette grâce à la Mère des croyants, debout au pied de la Croix : afin de croire jusque dans l’échec et le chaos que la rédemption va se lever, qu’elle se lève déjà. « Viens, Seigneur Jésus, fais-nous voir ton amour et donne-nous ton salut » (Ps 84,8).

B 32 MARC 12,38-44 (10)

Chimay : 10.11.2024

Frères et sœurs, les textes de la Parole de Dieu nous parlent aujourd’hui du don de soi. Dans le premier livre des Rois et dans l’Évangile, nous avons entendu le témoignage de deux pauvres veuves, une païenne et une fille d’Israël. Elles ont donné « tout ce qu’elles avaient pour vivre » (Mc 12,44). Ces témoignages nous rejoignent : en ces jours anniversaires de l’armistice, nous pensons à ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour que nous puissions vivre dans un pays libre. À leur manière, ces soldats ont tout donné.